DARKENHÖLD - Octobre 2014

Fort d'un troisième album qui risque de faire date, DARKENHÖLD possède en plus une vision du monde qui lui est propre et c'est ce qui nous plait chez nous sur PostChrist. Cette petite entrevue permet donc de faire le point sur les dernières actualités et aussi de mettre en lumière certains aspects pas toujours connus de la formation. C'est Aldébaran, tête pensante du groupe, qui a bien voulu répondre à nos questions en ce début de mois d'Octobre 2014.

1) Bonjour DARKENHÖLD ! Je vais commencer cash, on va considérer que tout le monde ici vous connait. ARTEFACT semblait mort et enterré mais vous avez tout de même fait un concert en décembre 2013 pour les dix ans de Son Of Solstice. Comment s’est passée cette date ? Une réactivation du projet est-elle envisageable, du moins pour des live ?

Aldébaran : C’est un ami qui nous avait rappelé avec un peu d’humour que cela faisait dix ans que Son Of Solstice était sorti, cet album nous avait permis à l’époque de jouer au Wacken entre autre, et c’était un très bon souvenir, il représentait aussi cinq années de recherche et d’efforts, d’élaboration de compositions écrites dans une durée assez longue. Et puis ce premier album a toujours une saveur particulière, il reste gravé en nous, c’est un condensé d’une ère, avec sa candeur, son enthousiasme et ses imperfections.

La date à l’Althérax fût un bon moment même si je pense que si nous avons gagné chacun en maturité et en savoir-faire, nous avons par contre manqué d’un peu de temps pour répéter et rôder sérieusement le set. Il y a eu quelques flottements qui auraient pu ne pas s’y retrouver.

Tout le monde serait partant pour quelques dates sauf Ranko qui est davantage investi dans ses activités de journaliste, en conséquence ce n’est pas pour l’instant d’actualité.

2) Quels souvenirs avez-vous de vos débuts dans le Black ? Quel est LE groupe qui a eut une influence majeure sur vous ? D'où est venu le déclic pour former ARTEFACT à l’époque ?

Je dirais difficile, car nous sommes dans une région où le style n’était pas particulièrement représenté, les musiciens rares ou sinon pas vraiment en phase avec cette esthétique si particulière et rigoureuse.

Il est difficile de ne choisir qu’un seul groupe qui renfermerait toutes les qualités d’une influence majeure mais EMPEROR reste la référence ultime, le groupe fédérateur par excellence.

ARTEFACT est né autour de trois personnes qui se sont connus par relations interposées, je n’ai d’ailleurs plus aucune nouvelle de ces deux autres personnes qui ont formé le groupe (elles n’ont participé réellement que sur la première démo K7, le line-up de Son Of Solstice est un autre par contre).

 

3) On note que c’est surtout toi Aldébaran qui est crédité pour l’écriture des morceaux, c’est si dictatorial ? As-tu une manière de composer particulière ? Arrives-tu à savoir d’où te vientl’inspiration ?

Je sais pas si dictatorial est le mot mais effectivement j’écris intégralement la musique et Cervantes les textes auxquels je donne aussi les tendances générales.

Je me nourris de pas mal de musiques, d’influences, parfois cela se retrouve un peu clairement sur un riff, sans le vouloir. Après l’inspiration émane surtout d’une vision, d’une source intérieure qu’il faut essayer de révéler au grand jour, en respectant l’idée de départ.

Je ne sais pas s’il y a une règle, mais pour ma part c’est un processus qui s’étale sur plusieurs mois/années et où je garde dans un coin toutes les idées au fur et à mesure.

4) Sur PostChrist on aime bien s’attarder sur les concepts, quitte à sodomiser quelques mouches au passage. De votre côté c’est assez facile, le Moyen Âge est largement à l’honneur. Est-ce l’esthétique qui vous attire ou est-ce plus profond ? Vous avez un cursus dans le domaine d’ailleurs ?

C’est un ensemble d’éléments, à l’origine l’apport médiéval était plutôt sous jacent chez moi, plus proche de l’intuition fugace, et au fur et à mesure ce thème s’est révélé plus pointu et affirmé.

J’aime autant l’esthétique, que son sens profond, les codes de la chevalerie, l’amour courtois, les architectures gothiques, l’austérité militaire des châteaux, les couleurs et le raffinement des enluminures d’époque, son mystère et son mysticisme.

Il m’arrive fréquemment lors de mes pérégrinations forestières d’être confronté à des ruines, des vieilles citadelles abandonnées, je suis frappé par leur dénuement, leur isolement, et à l’inverse lorsque je visite une cathédrale gothique la complexité architecturale, la richesse des décorations et les croisées d’ogives m’impressionnent.

J’ai pour ma part étudié la musique médiévale à la faculté de musicologie et aussi l’histoire des troubadours à travers l’étude de la langue d’Oc, mais je ne peux en aucun cas me revendiquer comme un spécialiste du genre. J’aime juste lire des documents sur l’Histoire, ou bien visiter des lieux de notre patrimoine.

    

5) Le Moyen Age est une époque qui véhicule un certain nombre de préjugés à son sujet, beaucoup de méconnaissances également. N’avez-vous pas peur d’être mal compris ? La question se pose aussi car le succès de la vague « folk Metal » pousse à tout mélanger : vikings, celtes, chevaliers, barbares, etc. Cela se voit sur les affiches de concerts par exemple. 

Je trouve aussi que le Pagan est devenu une mode galvaudée et particulièrement caricaturale, peu de groupes ont réussi à en donner une version suffisamment vibrante, subtile et profonde du genre. Je reste toujours sur la période Viking de BATHORY, ENSLAVED, ou encore BURZUM qui a toujours fait appel à ses ancêtres.

Après il n’est pas dramatique que certains nous associent à du Pagan Metal si cela peut nous apporter de nouveaux auditeurs, la frontière est parfois fragile mais nous nous considérons davantage comme un groupe de Black épique et atmosphérique avec des ambiances anciennes, et quelques passages folk.

6) Le passé c’est bien, mais le monde actuel, c’est naze ? Dit plus sérieusement, quelle vision avez-vous de notre époque, de ses limites, ses tares, ses beautés peut-être ? Ce repli vers des temps plus ancestraux cache-t-il un regard pessimiste sur le présent ?

Je pense que j’aurais du mal à revenir brutalement à des temps plus anciens, où la justice serait encore plus mal respectée, les classes aussi séparées, la barbarie répandue, l’élite aussi dominante. Mais peut-être avons-nous une vision faussée de cette période, était-elle si violente et obscurantiste ?

J’aurais sûrement du mal à me passer de mon ordinateur, mon smartphone et ma tablette du jour au lendemain.

Je ne suis pas sûr que ce soit liée à une vision pessimiste, car je suis content de vivre aujourd’hui tout en m’intéressant à des époques plus anciennes.

7) Les références identitaires, qu’elles soient culturelles ou disons plus sociétales, sont légions dans le BM. Quel regard portez vous sur les mouvances païennes et d’autres plus nationalistes ou régionalistes ? 

Pour ma part je trouve que ce genre de discours est souvent malvenu et déplacé dans le Black Metal, on perd un peu de vu l’essentiel, à savoir la musique, à force de se rabattre sur le nationalisme etc. on oublie de travailler son instrument. Si j’avais su en écoutant BURZUM dans les années 90 que cet alliage politique et Black Metal prendrait tant d’importance… Alors que, personnellement, j’ai toujours fait la part des choses en écoutant la musique de Varg Vikernes.

Je veux dire par là que le genre fait de plus en plus d’amalgames avec la politique en France, et souvent au travers de tendances d’extrême droite.

Je ne juge pas les affinités électorales, mais beaucoup de groupes et de gens tombent dans la brèche (j’ai envie de dire le panneau) et ne montrent aucune personnalité, au contraire ils suivent comme des moutons le sacro saint style initié par PESTE NOIRE et autres. Pour moi la musique doit s’élever un peu du trivial et proposer un univers qui transcende l’existence. La mode actuelle tombe de plus en plus dans le graveleux et vers l’engagement politisé hors de propos, au détriment de la substance musicale, est-ce pour combler une inspiration cahotante ?

Il me semble que la musique est une discipline suffisamment exigeante et qui nécessite beaucoup d’investissement, elle n’a en ce sens pas besoin d’engagement autre.

Après être fier de son pays, et faire preuve de patriotisme, c’est un sentiment légitime, de même que reconnaître certains problèmes qui ont cours en France.

Et puis il ne faut pas oublier que si la France est certes le pays de Victor Hugo, Voltaire, des Rois de France et de Guillaume de Machaut, c’est aussi celui de Michel Sardou et Secret Story.

    

8) Vos thèmes flirtent parfois avec l'occultisme, quelle importance y accordez-vous ? Que représente la religion ou tout autre forme de spiritualité pour vous ?

En effet, il peut nous arriver de donner une dimension ésotérique ou occultiste aux textes, par exemple, nous nous sommes intéressés à l’alchimie médiévale,  à la sorcellerie ancienne mais c’est davantage dans une perspective d’imaginaire ou à la manière d’un historien plutôt que dans le cadre une pratique ritualiste.

Certains dans le groupe sont plus athées ou cartésiens, et d’autres comme moi ont leur propre conception spirituelle de l’existence, sans tomber dans le phénomène sectaire ou religieux, je crois en une dimension de l’âme qui va au-delà de notre enveloppe terrestre.

Par contre, je suis contre l’asservissement de la religion,  son dogmatisme, le fait que certains pensent détenir la bonne parole, parce que des textes anciens, brutaux et écrits par des humains leur donneraient de soi-disant droits. Je suis contre un certain autoritarisme religieux, l’intolérance, le non respect d’autrui, le manque de liberté d’expression, l’inégalité, surtout quand cela veut s’insérer dans notre société laïque.

Après si cela permet à certains de s’épanouir personnellement et de respecter leurs prochains, alors pourquoi pas, mais l’on voit bien que ce n’est pas si simple lorsque l’on confronte à la réalité.

Pour moi la religion aujourd’hui est un archaïsme et je pense qu’en 2014 on doit aller vers une autre forme de pensée qui se rapprocherait plus de la philosophie que du phénomène sectaire. C’est davantage un patrimoine culturel et historique à respecter que des préceptes à suivre. Autres temps, autres moeurs.

9) Superbe artwork encore une fois ! C’est appréciable. Avec un tel effort, n’avez vous jamais pensé à faire des sorties « en grand », c’est-à-dire en vinyle ? Que pensez-vous de ce format d’ailleurs ? On observe même un retour de la cassette maintenant, ça vous tente ?

Merci pour l’artiste, c’est Claudine Vrac qui a réalisée cette peinture, nous voulons éviter les pochettes impersonnelles et plastifiées que l’on retrouve assez fréquemment aujourd’hui, ici c’est une vraie pièce peinte à la main. Et bien sûr que l’on y a pensé pour une édition vinyle, c’est toujours une question d’opportunité, et dès qu’elle se présentera nous le ferons.

D’ailleurs une version cassette ne devrait pas tarder à sortir chez Les Acteurs de L’Ombre.

Aujourd’hui le support physique est devenu un objet précieux que l’on acquiert pour compléter une collection de pièces choisies minutieusement et qui trôneront sur une étagère dédiée. On ne perd plus de l’argent inutilement en achetant au hasard un album sans connaître la musique et/ou parce que la pochette et le descriptif étaient alléchant.

Le support numérique est bien pratique et pour le moins léger et rapide,  la qualité de conversion du mp3 n’est pas si pourrie aujourd’hui, on peut arriver à trouver son compte avec les deux formats, même s’il est vrai que les artistes sont de nos jours particulièrement lésés avec des ventes pour le moins limitées.

10) Comment en êtes-vous arrivé au Black Metal ? Avez-vous une base Metal comme beaucoup ?

Pour ma part cela a été une initiation plutôt solitaire, seul un ami d’enfance parisien partageait quelques références communes dans le genre.

J’ai découvert le genre vers 1995 au travers de discrètes rubriques de Hard-Rock Magazine écrites par Alain Lavanne, les Thrashing Rage de Laurent Michelland et les premiers Metallian.

Pendant longtemps je n’ai pas connu de personnes écoutant ce genre, encore maintenant c’est un style marginal dans notre société. Bien sûr nous sommes tous plus ou moins venus par différents groupes de Heavy ou Thrash, IRON MAIDEN, METALLICA, MERCYFUL FATE, YNGWIE J. MALMSTEEN et bien d’autres. Cela va même bien au-delà du Metal je pense, sans prétendre tout connaître en musique.

11) Avez-vous le temps de vous intéresser à la scène actuelle, française ou internationale ? Petit défi, auriez-vous un groupe peu connus de derrière les fagots à nous recommander ?

Je ne sais pas si l’on peut prétendre connaître la scène Metal de manière exhaustive mais je reste curieux de ce qui se passe. A l’origine je m’intéresse particulièrement au courant Medieval Black Metal français, à savoir AORLHAC, BORGIA, SUHNOPFER, YSENGRIN et certains PESTE NOIRE (jusqu’au troisième).

Si j’avais un coup de coeur à vous donner que vous ne connaîtriez pas, mmm, peut-être FORGOTTEN PATHWAYS ? Ou WIATYK ? (NDA : Ca c'est de l'underground héhé ! Merci pour les noms.)

Là je découvre en ce moment le groupe GOATMOON (pas très gauchiste pour le coup).

12) Vous vous êtes déjà pas mal produits en live, c’est quelque chose d’important pour vous ? D’essentiel ?

Au départ je voulais que DARKENHÖLD reste un projet studio, un peu à la SUMMONING, mais très rapidement après notre création on nous a proposé de jouer en concerts, c’était difficile de refuser ces opportunités. Puis nous y avons pris goût et c’est devenu un bon moyen de se faire connaître. Après il serait toujours possible de revenir à un projet plus confiné si le coeur nous en disait, mais je pense que le groupe a plutôt besoin de davantage de promotion et l’envie d’être reconnu dans son domaine.

13) Vous avez un certain nombre de projets annexes et n’êtes pas seulement centrés sur le Black Metal. Qu’apportent ces autres styles pour vous ? Des références à citer dans ces autres domaines ?

Je vois la musique comme un univers vaste et pas absolument prédéfini à travers des étiquettes, pour moi c’est nécessaire et enrichissant pour l’inspiration de se rafraîchir auprès d’autres sources musicales.

Aboth a créé son projet de Metal Progressif CONTINUUM  bien avant DARKENHÖLD, et il le poursuit avec Aleevok et Anthony. J’ai aussi joué pour YSENGRIN, mais il me manquait du temps pour m’investir suffisamment dans le groupe.

Anthony officie également dans son projet WARPSTONE.

14) Trois albums en quatre ans c’est pas mal. DARKENHÖLD est parti pour durer ? A quoi doit-on s’attendre à l’avenir ?

Je l’espère en tout cas. Je ne pense pas qu’il y aura de virage à 180° mais dans l’immédiat j’aimerais essayer de nouvelles sonorités, d’autres expériences, en mettant plus en avant les guitares acoustiques, les choeurs, les solos et proposer une inspiration assez champêtre. Et ce ne sera pas un Castellum part II.

15) Merci à toi pour tes réponses ! On te laisse le soin de conclure.

Merci surtout à toi pour ton intérêt envers DARKENHÖLD et pour ce petit espace dans POSTCHRIST ! J’invite les lecteurs à écouter nos trois albums, nos prochaines productions, et bien entendu notre dernier opus en date Castellum.

http://www.facebook.com/Darkenhold

 

Propos recueillis par Blaise pour Postchrist.