FERA - Mai 2004

 

FERA, groupe du Pas-de-Calais, officie dans un style brutal et sombre, en restant mélodique et avec une technique bien affermie. pour la petite histoire, le batteur n'est autre que Marc Devillers, l'ancien batteur de Belenos sur Sipilège... Comme Marc est un copain, que j'aime leur musique et que je m'entends bien avec le groupe, j'ai décidé de leur filer un petit coup de pouce avec cet interview. A noter que j'ai chroniqué leur dernière démo, Christianicide : à lire donc !

Je laisse la parole à Marc Devillers, batteur du groupe FERA...

Je vais faire une exception, comme vous n’êtes pas encore signés : pourrais-tu vous présenter, ainsi que décrire musicalement et conceptuellement votre groupe ?

Fera a été formé en 1995 par Clément (chant) et Fabien (guitare), rejoints successivement par Jonathan (guitare), moi et Guette (basse) pour devenir complet en 1998. Nous avons enregistré notre première démo Tristis Locus en décembre 1999, et son successeur Christianicide est disponible depuis quelques mois. Nous avons dû nous séparer de Guette l’année dernière, remplacé par Mathieu. Musicalement, notre composition correspond à nos diverses influences, qui vont du black au death et au heavy, mais on tient à rester fidèle à notre orientation black métal de départ. Quand au concept, il reflète notre aversion profonde des religions monothéistes et leur instrumentalisation omniprésente dans notre quotidien .

Tu as été batteur sur Scipilège de Belenos. Que penses-tu de cet album sincèrement et as-tu gardé des liens avec Belenos ?

Sincèrement, je pense que le potentiel musical de cet album aurait mérité davantage de travail de groupe, le résultat manque cruellement d’intensité et j’en garde un goût d’inachevé. Je n’ai gardé aucun lien avec eux, je préfère consolider ceux que j’entretiens avec des musiciens en qui j’ai confiance.

Toujours pour continuer avec Belenos, d’un point de vue conceptuel cette fois-ci : te sens-tu païen ou/et es-tu engagé dans les valeurs traditionnelles nationalistes ? Si oui à quel degré : est-ce un engagement de cœur ou vas-tu jusqu’à une conception politisée ?

Pour être franc, Belenos n’avait pour moi de païen que l’image, et dans ce cadre je n’y étais pas plus païen que je ne suis sataniste dans Fera ; ces concepts sont juste des lignes de conduite. Je partage inconsciemment certaines valeurs païennes telles que le respect de la nature, le replacement de l’homme au sein de l’ordre naturel. Quand aux valeurs nationalistes, je défends ma nation contre la vermine qui tente d’en tirer profit, qu’elle soit française ou d’ailleurs.

Revenons à Fera… L’imagerie du groupe est bien sombre et satanique. Quelle-est ta vision du satanisme et que penses-tu de la Religion, du christianisme ? LaVey est-il pour toi une influence importante ou te rapproches-tu plus d’une vision presque « paganisante » (ou panthéonique) du satanisme, c’est-à-dire quelque chose de plus proche de la Nature ?

Je ressens le satanisme, à l’instar du paganisme, comme une ligne directrice dont je tire certains enseignements. La conception du satanisme en tant que religion est pour moi une intrumentalisation par l’homme comparable à celle de la religion chrétienne, simplement je ne la condamne pas car ses pratiquants respectent l‘isolement et la discrétion que toute pratique d’un culte suppose . Je pense par contre qu’il est naturel et humain de fustiger la religion chrétienne, et de démontrer à quel point l’usage des religions est le fléau de l’humanité ; et qu’il a provoqué plus de désordre que n’importe quelle autre dérive. Je ne me sens pas touché par les écrits de LaVey, je me sens en effet plus proche de la conception naturelle du satanisme, où tout Dieu est inexistant et où l’homme ne croit qu’en lui-même et à tout ce qui vit autour de lui.

Musicalement, de quels groupes vous sentez-vous proches ? Vos influences et vos « amours musicales » ne se situent-elles que dans le black ?

Nos principales influences se situent dans le black métal suédois et scandinave : Marduk, Dissection, Emperor, Dark Funeral, Mayhem, Immortal ancienne époque, etc... Nous avons bien sûr d’autres influences : le heavy et le bon vieux rock’n'roll comme Nashville Pussy ou Motorhead, les groupes de death qui ont le mérite de ramoner intelligemment, comme Nile, Morbid Angel, Death, Hypocrisy, Dark Tranquillity, Behemoth, etc… quelques groupes de black folklorique font aussi partie de nos influences : Windir, Frostmoon, Storm. Personnellement, j’apprécie particulièrement les groupes qui ont une approche plus expérimentale, tels que Ved Buens Ende, Ulver, Cynic, Opeth, Ephel Duath..

Quels-sont les thèmes conceptuels et les caractéristiques musicales essentielles pour toi dans le black, ce qui fait que le black est ce qu’il est ?

Pour moi, le black va bien au-delà des stéréotypes habituels. Il puise dans la noirceur de l’âme et des états d’esprit : la colère par la guerre, le désespoir par la fin du monde ou la mort, l’isolement par la communion avec la nature, etc... Musicalement, la variété d’ambiances que le black peut retranscrire est immense, bien plus étendue que dans les autres styles extrêmes. Le son «black», selon moi, est synonyme de recherche mélodique, de dissonance et d’une atmosphère particulière qui doit ressortir de la musique, ça ne s’arrête pas à une voix gutturale et une imagerie vaguement fantasmagorique.

Que penses-tu de la scène française, quels groupes y soutiens-tu ? Certains affirment que le renouveau vient de l’Europe de l’Est, qu’en penses-tu ?

Je trouve que la scène métal française prend de plus en plus d’ampleur, mais le black véhicule plus de clichés et de ragots qu’autre chose en France, et les affiches exclusivement black ne sont pas légion. Cela dit, il y a quand même quelques passionnés pour perpétuer le style, et je soutiens ceux-là. Et je pense que des groupes comme Asmodée, Nehëmah, Mystic Forest ou encore Hyadningar valent vraiment le détour.

Je t’avoue que je ne suis pas trop au courant de ce genre de tendance, et j’ai rarement l’occasion d’écouter des groupes de l’Est, mis à part Lykathea Aflame, un très bon groupe tchèque mélangeant brutalité grind et influences black. Mais ça commence à bouger, les labels et groupes sont de plus en plus nombreux et les festivals là-bas sont assez énormes.

Fera est un groupe plutôt technique, est-ce important pour vous ? Quel-est le batteur que tu admires le plus dans le Black Metal ?

Non, la technique est juste un moyen d’élargir nos horizons, on ne l’a jamais bossé pour en rajouter dans nos morceaux ; la composition se fait instinctivement, le reste est question d’influences.

J’aime particulièrement le jeu de Czral, batteur peu connu fondateur de Ved Buens Ende et membre de Cadaver, Dodheimsgard et Aura Noir. Son jeu est très fin et original, tout en restant très carré et dans l’esprit.

Vous n’avez pas de claviers, est-ce que vous n’aimez pas vous en servir ? Si oui et pourquoi ? Pensez-vous pouvoir ressortir une atmosphère bien établie sans eux ?

On a rien contre les claviers, disons que l’on en voit pas l’utilité dans Fera. La composition s’articule autour des guitares et la combinaison rythmique/mélodique de nos deux gratteux fonctionne aussi bien.

Vous utilisez des textes en Français, pourquoi cela ?

La question ne s’est pas posée non plus, l’usage du Français était naturelle ; il retranscrit plus fidèlement nos pensées que l’anglais. Par exemple, je ressens bien plus de haine dans le chant d’Enslaved lorsqu’il était en langue natale ; c’est cet esprit que nous voulons garder.

Fera n’est toujours pas signé ? Pourquoi cela ? Vous avez du talent et beaucoup de gens vous soutiennent. De plus, vous aimez le live et tournez régulièrement…

Je ne sais pas…peut-être que nous nous sommes plus concentrés sur la composition pour le moment, pour proposer quelque chose de suffisamment carré. Je pense que nous commençons seulement à devenir complètement à l’aise sur nos morceaux, et j’espère que le prochain enregistrement le confirmera. En tout cas, les concerts sont de plus en plus jouissifs et le public est plutôt réceptif ; maintenant on aimerait tourner ailleurs que dans les alentours pour rencontrer d’autres publics…et déguster diverses spécialités à base de houblon !

Merci pour tout, je te laisse le dernier mot…

Eh bien merci pour ton interview très pertinente, et longue vie à PostChrist. Nous sommes en train de réaliser le site internet du groupe, qui sera en ligne sous peu ; pour l’instant, pour ceux qui veulent des infos sur Fera, écrivez à fera.metal@caramail.com.

Sinon, rendez-vous à nos prochains concerts : le 19 Juin à Arras au Cambridge avec Excruciate 666 et Nirnaeth, et le 26 Juin à Manqueville près de Lillers pour un festival de heavy et black metal.

Stay brutal !

Propos recueillis par Baalberith pour Postchrist.