WATAIN

Casus Luciferi

La sortie de Rabid Death's Curse, premier méfait des suédois de WATAIN, à l'aube du 3è millénaire, fut accueillie par les amateurs de Metal Extrême avec une certaine lassitude. En effet, le Black Metal traditionnel joué par WATAIN, fort ancré dans la vieille école des DARKTHRONE, GORGOROTH et MARDUK, perdait par répétition de son aura sulfureuse. Bien que l'on pouvait discerner les prémices d'un Black orthodoxe dissonant et malveillant, c'était globalement du déjà vu et déjà entendu.

Guidés par les dissonances du De Mysteriis Dom Sathanas de MAYHEM, du premier ONDSKAPT et d'autre part, par le sens de la mélodie de leurs compatriotes de DISSECTION, SACRAMENTUM ou DAWN, WATAIN innovera davantage sur ce deuxième album. En cette année 2003, à l'image du Salvation de FUNERAL MIST, WATAIN explorera l'univers du Black orthodoxe. 

Et quel univers ! Le visuel de l'album nous confronte à une vision des plus tourmentées de la spiritualité et de la religion chrétienne. Assez complet avec, à gauche une image souvent ésotérique et à droite les textes, le livret contribue à notre entrée dans le monde de WATAIN. Le tout nous renvoie à d'anciennes gravures des temps médiévaux, à l'image de celles d'Albrecht Dürer. En plus de la collaboration de Necromorbus (FUNERAL MIST), MkM (ANTAEUS) et Scorn (KATHARSIS), nous avons droit à un texte à l'intérieur de la pochette. Il parle de la démarche de Casus Luciferi en faisant mention des entités noires, infernales Qliphoths que les membres du groupe semblent adorer.

Passons désormais à ce qui nous intéresse : la musique. Dès "Devil's Blood", nous pouvons remarquer plusieurs choses par rapport au premier album :

  • le sens de la mélodie : comme dit plus haut, la mélodie est bien plus développées que sur Rabid Death's Curse. Nous sommes ici entre le premier MAYHEM et le Black Mélodique suédois d'un DISSECTION
  • la production : un poil plus claire, les aigus sont discernables plus facilement
  • les dissonances : déjà présentes sur Rabid Death's Curse, elles le sont plus encore ici. Paradoxalement, elles contribuent à la puissance et à la malveillance des mélodies

C'est là qu'est la grande force de cette album : une excellente harmonie entre les dissonances et les mélodies. Cette harmonie fait qu'on se souvient immédiatement d'avoir écouté Casus Luciferi : l'album marque. Le premier titre est ainsi excellent à écouter, loin de ce que le Black Metal oldschool proposait à l'époque. En plus de la guitare, la basse, sur cet album, demeure très fouillée. Elle nous gratifie même d'un solo sur "Opus Dei (The Morbid Angel)". La batterie alterne entre blasts, mid-tempo et passages encore plus lents mais également plus terrifiants. Quant au chant, moins criard, plus grave, plus arraché et plus travaillé que traditionnellement, il préfigure déjà ce qui se fera quelques années plus tard.

La suite de l'album, à partir du deuxième titre, nous donne un Black Metal orthodoxe un peu plus proche du premier album et des premières influences du groupe. Des titres comme "The Golden Horns of Darash" ou "From the Pulpits of Abomination" sont très efficaces : le premier, riche en rebondissement, en dissonances mais surtout en mélodies insidieuses, nous offre une vision des enfers digne du mythe de Faust. Le deuxième, nous renvoie plutôt dans les sphères célestes, là ou régnerait le fanatisme d'une guerre entre lumière et ténèbres. Dès le début, avec ce blast arrivant après une petite dizaine de secondes, nous avons du mal à ne pas vouloir combattre au nom d'un fanatisme religieux quelconque afin d'oublier nos vies minables d'hommes modernes. Les dieux noirs s'affrontent, mais nous autres, pauvres humains, ne sommes que de misérables moucherons. Mention spécial au mid-tempo à partir de la quatrième minute, nous renvoyant à la marche inexorable de colosses, golems enténébrés, vers la bataille.

Le dernier titre, long de huit minutes, se dévoile comme l'un des titres les plus originaux de l'album. Sa puissance arrive progressivement, suggérée au début du titre par un bruit de tonnerre. Les coups de tocsin succèdent à son intro, guidés par un riff lent et maléfique. "Casus Luciferi" devient un condensé de tout ce que l'album nous a donné de mieux jusqu'ici. En réalité, l'innovation se fait surtout au niveau des images créées dans nos têtes plutôt qu'au niveau purement musical. Après avoir vécu ce titre, il est possible que vous ayez une révélation, dans tous les sens du terme, tellement il est bon. Nous écoutons l'un des premiers albums de Black orthodoxe, et quel album !

A noter, pour terminer, que si vous avez acheté la version rééditée, vous aurez droit à une reprise de l'intouchable groupe VON, pilier du Black Metal américain du début des années 90. Le titre se nomme "Watain" (tiens donc) et l'hommage rend plutôt bien.

L'année 2003 aura vu l’émergence d'incontournables du Black Metal orthodoxe. Leur vision se répandra en Suède, puis en France avec DEATHSPELL OMEGA, ANTAEUS, BLUT AUS NORD, AOSOTH et bien d'autres. Si vous êtes férus de spiritualité, d'ésotérisme et des groupes que j'ai cité dans cette chronique, Casus Luciferi est obligatoire.

A ranger au sein d'une collection elle-même placée à côté d'une bibliothèque de sciences occultes et interdites. Ambiance garantie !

par Gul Le Ricanant, le 26/02/2017

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