URFAUST

Verräterischer, nichtswürdiger Geist

URFAUST revient en 2005 avec son second album longue durée, avant une période de cinq années qui sera marquée par les splits et les EP, avant la sortie de Der freiwillige Bettler en 2010. Perfide et misérable esprit, traduction approximative du titre de cet album, nous permet de noter la réutilisation de Geist, comme dans le titre du précédent album, Geist ist Teufel (esprit est diable, bien que syntaxiquement on puisse se demander si c'est correct).

Une obsession certaine d'URFAUST pour l'esprit, perfide ou maléfique, qui se retrouve dans cette volonté en filigrane de la musique du groupe de vouloir venir se loger à l'intérieur du cerveau de l'auditeur comme une maladie. 

L’album démarre sur une pièce instrumentale d'inspiration classique, "Dunkel, Still von Ewigkeit", de treize minutes, pleine de cordes et de cuivres, qui remplit parfaitement son rôle de pour poser une ambiance lourde, pesante et oppressante. Une véritable gradation, répétitive, déroulée sur treize minutes qui passent sans problème, tant la composition reste de qualité tout du long. Elle se termine de manière grandiloquente et épique, pour annoncer la deuxième piste, "Ragnarök Mystiker", une des pistes phares du groupe. Bien sûr, on ne pourra s'empêcher de relever le fait que cette piste d'introduction est en partie inspirée (voir samplée) d'une oeuvre de Giya Kancheli (Simi, bleak reflections for cello and orchestra). Ce faisant, URFAUST sur ce point se rapproche de la manière de faire - voir carrément des références - de certaines formations ambient (SOPHIA, APOPTOSE).

Dès le début de la deuxième piste, donc, on retrouve avec plaisir les ingrédients qui nous avaient transcendés lors de l’écoute de Geist ist Teufel, à savoir cette voix claire déclamante et désabusée, cette répétition mid-tempo, ces guitares inspirées et cette ambiance unique. Willem n’a rien perdu de sa superbe, et les meilleurs moments de cette album sont tout à fait au niveau des meilleurs moments de Geist ist Teufel. La voix atteint même de nouveaux sommets de dédain, de dégoût sur la piste 3, "Gespinnst des Verderbens".

La production est un peu plus claire que sur le précédent et reste globalement avec ce son caractéristique et intègre, qui sied très bien à la musique du duo. Un peu moins d'étouffement donc, mais ce n'est pas forcément un mal. 

Au milieu de l’album, comme un respiration, on a droit aux dix minutes de "Trauerhöhle" (la grotte du deuil) qui viennent aérer l’ensemble, avant de replonger tête baissée dans le désespoir. Il y a là également une inspiration classique certaine, et des cordes comme sur la piste d’ouverture : on reprend notre souffle avec gratitude avec cette piste d’une beauté confinant au désespoir. Comme la piste d'ouverture, on lorgne très fortement du coté de Giya Kancheli. Cet intermède se finit sur une note d’urgence, pour nous prévenir de ce qui va suivre… A savoir : les rires sardoniques de "Verflucht das Blenden der Erscheinung", une piste dont le riff cinglant, suraigu est répétitif nous travaille encore plus le cerveau ; de ce moment aux pistes suivantes tout est excellent, et l'on est agréablement surpris par ces mélodies vocales qui parfois semblent vraiment sortir de nulle part. Les parties proprement hurlées, disséminées parcimonieusement, n'en ressortent qu'avec plus de force. 

L'album se clôt par une outro d'un peu plus de 4 minutes, qui si elle commence de manière plutôt très étouffée, presque discrète, finira par exploser dans les dernières minutes pour retrouver la grandiloquence qu'on retrouvait sur la fin de l'introduction.  

Globalement je trouve cet album plus travaillé (introduction, intermède, conclusion), mais également plus homogène (en terme d'ambiance) que Geist ist Teufel. Il y a des pistes géniales sur Geist ist Teufel, mais comme je l’indiquais dans ma chronique, certaines pistes me perturbent et m’empêchent d’apprécier l’album dans sa totalité de A à Z. Ce n’est pas le cas ici et l’écoute de la totalité de l’album se fait sans sortir un instant de cette ambiance si particulière qu’URFAUST maîtrise à la perfection ; les parties instrumentales étant à mon sens plus réussies, plus expressives, et mieux réparties tout au long de cet album, ce qui fait que l'on peut en enchainer l'écoute plusieurs fois sans aucun problème.

L'atmosphère sombre et occulte est à son comble et travaille à nous pousser à regarder au loin, ou par dessus notre épaule, inquiets. Quels démons, quelles créatures se cachent dans les replis d'ombres, prêts à fondre sur nous ?

par obsoletedream, le 01/11/2016

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