SLAKTARE

Love Is Always Painful

 En 2010, le label coréen Misanthropic Art Productions a sorti ses griffes et cassé sa tirelire pour produire les premiers méfaits de plusieurs groupes internationaux. Des Polonais (DIMIDIUM MEI), des Australiens (IGNIS GEHENNA), des Grecs (LYKAUGES), des Canadiens (PERPETUAL MORTUM) ou encore des Allemands (MOREDHEL) en ont profité. Le point commun de ces formations n’est pas évident, mais on dénote une certaine agressivité et un black à l’ancienne. Après, c’est moins fort chez LYKAUGES, qui est plus pagan dans l’âme et chez SLAKTARE, le groupe qui nous intéresse ici. Enfin, groupe… SLAKTARE est surtout un one man’s band, celui de Mardroem, alias Antaryon de MOREDHEL, et ça explique peut-être mieux la signature sur cette écurie.
 En tout cas, on découvre des facettes bien différentes du personnage sur cet EP qui suit l’évolution des états d’âme venant de se faire jeter par sa petite amie. L’histoire d’un chagrin d’amour, quoi ! Aïe, l’ « amour » ! Un mot qui fait tâche dans le black metal et qui résonne comme un gros mot écoeurant. Oui, mais justement, c’est un peu le cheminement de l’album : « l’amour ne peut que rendre faible, mais permet tout de même de se rendre compte de qui on est vraiment, une fois qu’on s’en est libéré ». Le titre de l’album est donc clair, « L’amour entraîne toujours la douleur » et la pochette suit le concept. Les 4 morceaux racontent donc ce périple passant de la peine à la perte de soi puis à la résurrection permettant la haine de s’installer.

 Le premier titre retranscrit la douleur de la séparation forcée et la faiblesse dans laquelle se trouve l’individu. Les couplets sont alors chantés en vocaux clairs, laids mais collant bien au concept, et les refrains sont interprétés avec une voix BM plus conventionnelle. Le titre contient des mélodies car l’homme a encore les pieds dans l’ombre de son bonheur déçu. La musique est très quelconque, mais c’est voulu, c’est une nécessité pour la suite de l’histoire. Les paroles transmettent le sentiment de trahison du personnage qui se rend compte de la naïveté qui l’animait, ainsi que des effets dévastateurs de l’amour.
 Le deuxième morceau est déjà plus sombre. La douleur est toujours présente, mais la phase de digestion de la peine est entamée. Il ne peut pas encore éprouver de haine, mais il est lucide sur la petite mort que lui a infligée la demoiselle. Les couplets sont en allemand, une langue plus rustre qui convient bien à sa déception, et les couplets sont en anglais. Ce titre n’est pas très original, mais il est bien mené. On y ressent bien les sentiments du personnage grâce à un mélange de parties calmes et d’accélérations. On retrouve l’influence d’un NARGAROTH comme chez MOREDHEL, mais cette fois-ci c’est plus proche de la période Rasluka. La tristesse de l’abandon se mêle à des accès de colère lorsqu’il se souvient « qu’elle a volé (s)a fierté ».
 Le troisième morceau est une renaissance. L’homme est devenu plus fort et plus détaché de ses sentiments. Il est parvenu à retrouver la paix : « Cette guerre psychologique a pris fin. J’ai gagné la bataille contre tes ombres ». La musique est donc plus envolée et libératrice. Ce n’est plus du désespoir que les vocaux nous crachent, mais le retour de la fierté. Le titre est là encore une réussite quand on a compris le concept.
 Le dernier morceau est la dernière phase de l’expérience. Il ne reste plus que de la haine, pure. L’heure des pleurnicheries et des longs discours est passée et l’ancienne compagne ne mérite plus que des : « I Hate you » répétés en boucle, suivis de « Fuck you », et de « Je suis Satan ». La musique n’est plus entachée de faiblesses, mais est devenue sombre et démoniaque, avec des relents thrashy. Pourtant, si le protagoniste ressent encore de la haine, c’est qu’il n’est pas encore passé à la phase de l’oubli. Mais l’EP se termine ainsi, sur la transformation en Satan à cause de / grâce à l’amour.

 La qualité principale de cet EP de 25mn, c’est l’effort de faire 4 morceaux différents musicalement pour représenter l’évolution des sentiments du personnage. Il faut écouter la musique en connaissance de cause, sinon le décalage peut être étrange. Le premier et le dernier morceau sont un peu fades, mais indispensables pour l’ambiance. Une aventure à tenter.
http://www.myspace.com/slaktare

par Sakrifiss, le 12/11/2010

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