PANOPTICON

Roads To The North

Inspiré des événements marquants de la vie de son géniteur, Austin Lunn, cet album de la maturité qu'est Roads to the North est marqué de l'empreinte du déménagement familial du Kentucky vers le Minesota, de la naissance d'un premier enfant, ainsi que par des voyages en Norvège qui se solderont par la création d'une micro-brasserie de bière en partenariat avec son beau-frère. Dit comme ça les motivations semblent futiles de prime abord (l'épisode de la micro-brasserie étant en lui-même un cliché de hipster américain), mais c'est avant tout le voyage et les grands espaces qui définissent le mieux les influences conceptuelles de cet album.

Si j'avais regretté lors de la chronique d'Autumn Eternal la maigre présence d'instruments folkloriques et leur absence d'intégration avec les parties black, cette critique ne se renouvellera pas ici : fidèle à ce qui fait une partie de son originalité, PANOPTICON nous sert pléthore de parties acoustiques - violons, guitares, banjo, flûtes - propres à évoquer pour nous autres européens des images aussi ragoûtantes que celle d'un vieux redneck tapant du pied en jouant du banjo sur fond de drapeau sudiste et de consanguinité.

Pourtant, peu de rapport entre les rednecks du sud des Etats-Unis et les habitants des contrées du nord que sont le Minesota par exemple, où l'on retrouvera pléthore de descendant d'immigrés norvégiens, polonais, ukrainiens, allemands entre autres. Les images mentales générées par des décennies d'abrutissement hollywoodien ont la vie dure.

PANOPTICON développe donc son black metal atmosphérique au moyen de longues ambiances tout au long des huit pistes - et 71 minutes - que contient l'album. Aux parties calmes aux ambiances post-rock réussies (le début de "The Sigh of Summer") sont intimement mêlées les parties black, brouillonnes, noyées dans un déluge de batterie (un des points forts du groupe assurément), blasts et riffs suraigus, allant parfois jusqu'à donner parfois dans le solo ultra rapide façon death metal. Avec parcimonie, on trouvera quelques influences de RAPTURE, mais bien moins que sur Autumn Eternal. La production est dans la veine des autres production du groupe, rugueuse et un peu fouillis mais pas dégueulasse. La voix, variée, se partage entre passages plus graves et hurlements aigus. Lors des passages blacks, les guitares développent en arrière-plan des mélodies lentes contrastant avec l'énervement de la batterie. 

L'ombre d'AGALLOCH se fait également sentir : les ambiances sont tour à tour majestueuses, intimistes, calmes, soutenues, violentes. Des interludes atmosphériques (flûte, bruits de pas en forêt, vent) viennent ponctuer les chansons. La piste "Norwegian Nights", acoustique et au chant clair, vient nous reposer un peu avant de repartir vers des cieux irisés de blasts. Les instruments folkloriques sont bien mis en valeur dans la musique, même si certaines sonorités sont parfois franchement étranges - le niveau de fausseté de plusieurs des mélodies acoustiques me fait parfois penser à STILLE VOLK (le début de "Where Mountains Pierce The Sky", "Chase the Grain"). Dans la même veine, difficile d'imaginer des "Norwegian Nights" avec un son si typé outre-atlantique.  

Bien que les moments transcendants ne soient pas légion, les pistes s'enchaînent naturellement et on reste curieux tout le long du voyage proposé par PANOPTICON, dont l'originalité fait toujours effet. Un reproche que l'on pourrait faire cependant est une trop grande variété au sein d'une même pistes : alterner sur dix minutes blasts, mid-tempo, chant hurlé, chant clair, soli, passage folklorique, passage atmosphérique, puis de nouveau blasts, mid-tempo, etc... est un peu indigeste lorsqu'on a pas de passages géniaux auxquels se raccrocher. PANOPTICON reste plus original dans le son que ses compatriotes de WOLVES IN THE THRONE ROOM et AGALLOCH mais malheureusement il manque ce petit quelque chose dans les compositions pour être réellement en compétition directe avec les groupes sus-cités. 

En effet, l'album nécessitera de nombreuses écoutes pour être apprivoisé, c'est à dire pour s'y retrouver dans cet enchevêtrement, dans cette forêt dense de pistes mélangées, passages différents et mouvements qui s'alternent. Le voyage est certes introspectif mais surtout long et difficile à digérer. C'est donc un peu frustrant, car il y a une masse de travail conséquente et un potentiel réel, mais les méandres font qu'on finit un peu par se perdre en chemin. On reste plus marqué par l'originalité et la qualité des passages acoustiques que par les passages blacks : ceux qui sont en manque de singularité et de renouveau seront satisfaits de ce côté là. 

Je finis cette chronique sur un extrait d'interview du sieur Lunn, lorsqu'on lui demande si il veut jouer live :  "I don’t want to tour and more than likely will never play live. It just isn’t for me. I want to be in the woods [...]". On le comprend. 


par obsoletedream, le 21/01/2017

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