MYRKUR

M

Aujourd'hui, le danger qui guette le black metal n'est plus la signature des groupes sur des "majors" (quand on repense au scandale à l'époque de la signature de Satyricon sur une major il y a de quoi rire), non l'ennemi numéro un aujourd'hui semble être la pollution (ou le phagocytage ?) du genre par ce que j'appellerai le black metal pitchfork (qui me parait plus juste que black metal à casquette ou encore sombre daube pour hipster). 

Hier DEAFHEAVEN, aujourd'hui MYRKUR, demain OATHBREAKER, on peut parier que les sorties du genre vont se multiplier dans les mois et les années à venir. Les recettes finalement, sont assez simples : du black metal extrêmement bien produit (surproduit, donc), généralement peu innovant (rapport à tous ce que le style a déjà produit depuis plus de 20 ans), sans trop de concept, débarrassé de tout le folklore embarrassant (corpse paint, nationalisme, intolérance, paganisme, références douteuses...).

Nous avons donc affaire ici à un one-woman band, composé de Amalie Bruun, une danoise exilée à New York. Un certain Eric Z. vous ferait remarquer que lorsque les femmes commencent à s'intéresser à quelque chose, c'est le début de la fin. Ce n'est pas mon avis mais à lire certains interviews ou voir certaines vidéos, oui on se dit qu'il y a quelque chose qui est en train de mourir...

Cette artiste multicartes parait être assez bien intégrée dans l'industrie musicale locale, ce qui rend moins étonnant sa signature dès son premier EP sur le label Relapse Records, label américain fourre-tout où on retrouvera notamment ABSU, NECROPHAGIST, ou encore COMEBACK KID. Ses contacts et ses précédentes productions lui ont probablement également servi pour réunir un line-up pour le peu surprenant pour un premier album : participations de membres de la scène européène (NIDINGR / ULVER ), production et mixage par Garm d'ULVER (qui a de meilleures collaborations à son actif).

Ce qui est drôle, c'est qu'on puisse s'étonner de la réaction des gens qui découvrent avec stupéfaction la demoiselle et ses interviews, ses projets, sa garde-robe, voir son accent surjoué pour les interviews de MYRKUR. Car oui, la biographie a de l'importance, et pas que dans le black metal, dans tous les domaines ! On peut prendre une oeuvre uniquement pour ce qu'elle est et ne pas se soucier du reste, c'est possible, mais est-ce louable ? Est-ce le but ? Quand on écoute BURZUM, doit-on se forcer à oublier qu'on écoute l'album d'un assassin ? Ca ne doit pas venir occulter l'oeuvre, mais cela en fait partie. Sinon ça serait trop facile. Cela reviendrait à pondre des oeuvres (subjectives et personnelles) et faire savoir ensuite que "ça n'a rien a voir avec l'auteur". 

Venons-en au fait : MYRKUR nous propose sur cet album un black metal atmosphérique convenu, mollasson et sans surprise. La voix d'Amalie est agréable, et elle maîtrise avec plus ou moins de succès les hurlements (rares) commme les voix claires éthérées (beaucoup moins rares). Malheureusement le rendu n'est pas à la hauteur et c'est assez ennuyeux. Certains passages ressemblent à s'y méprendre (en moins bien) à certains passages de Bergtatt d'ULVER, qui je le rappelle est sorti il y a 21 ans... La troisième chanson, Onde Børn, est carrément de l'ordre de l'hommage (pour ne pas dire du pompage) - il y a d'ailleurs un clip, de cette chanson (single ?), et on le sentait venir, il est : propre, esthétique, polissé, gentillet.

Les trois premières pistes donc, sont plutôt agréables, très atmosphériques, éthérées à la limite du vaporeux : on en est embrumés et endormis. Par la suite ça se complique : c'est toujours du Prozac® auditif, mais l'inspiration est encore moins présente et la qualité des morceaux en pâtit. Les pistes 4, 5, 6 sont vraiment anecdotiques, surtout vu la pléthore de groupes qu'on peut trouver dans la rubrique "voix féminines" du metal généraliste. A la limite vous occuperiez mieux votre temps en allant écouter la discographie de THE GATHERING, voire celle de CHELSEA WOLFE pour rester dans le trip Pitchfork. La piste 7 (Mordet) débute sur un riff thrashisant et on se réveille brusquement de la sieste. Pas pour longtemps : c'est la "tempête" avant le calme. Il n'y a guère que le début de la dixième piste (Skadi) pour nous faire espérer : quelque blasts, quelques effets électroniques, des voix déchirantes et... espoir encore déçu : l'album se clôture sur une instrumentale de piano. Tout ça pour ça. 

En bref, ça fait tout de même très peu pour un album complet, qui ne dure que 36 minutes ! Si l'on arrive à faire l'effort de s'imprégner du visuel et des atmosphères : très bien, mais le constat est le même : passé les trois premières pistes on trouve ça répétitif et si peu intéressant.

Pour résumer : un album décevant à réserver à ceux qui débutent dans le style, aux fans hardcore de metal à voix féminine, ou à ceux désirant mettre de la musique en soirée en disant "je vais vous mettre du black metal" et passer pour quelqu'un de torturé, mais beau, rêveur, mystérieux. (Ca marche aussi avec ALCEST). 

par obsoletedream, le 12/09/2016

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