MARDUK

Frontschwein

Il n'y a pas si longtemps, le monde était en proie au pire des chaos : la deuxième guerre fut d'une démence terrible pour beaucoup de monde en Europe et au-delà. Mais en refoulant cette période sombre de l'histoire et en oubliant ce qui s'est passé, on risque d'y retomber retomber. De fait, certains artistes choisissent d'en faire perdurer la mémoire à leur façon : 70 ans après la fin de la guerre, les suédois de MARDUK décidèrent d'opter pour cette démarche. Frontschwein, le treizième album en date des pionniers du Black Brutal suédois, nous ramènera vers cet enfer guère si lointain.

Ancien chanteur dans l'un des groupes phares du Black Metal Orthodoxe, FUNERAL MIST, Arioch, renommé ici Mortuus, rejoignit MARDUK à partir de l'album Plague Angel. Crédité sur Room 5:12 mais également sur l'apocalyptique Wormwood et l'abominable Serpent Sermon, le nouveau chanteur du groupe apportera une touche presque Black Orthodoxe à MARDUK. Est-ce que sur Frontschwein, cette facette proche de FUNERAL MIST ou même d'ANTAEUS se confirmera davantage ? Est-ce qu'au contraire, elle s'estompera pour un Black Metal purement Brutal ? 

A l'écoute du premier titre, "Frontschwein", ce qui change par rapport à Serpent Sermon, ce n'est pas tant la noirceur ou le sentiment d'abomination qui varie mais le décor change. Il ne s'agit ici plus d'enfers imaginés par les humains mais d'enfers devenus réalité au cœur d'une guerre moderne. Et le clip de ce premier titre le démontre parfaitement. Bien que très proche des clichés inhérents au Black Metal, ce dernier nous donne une vision des plus cauchemardesques d'un conflit actuel anonyme. Le titre "Frontschwein" en lui même est très bon : démarrant avec cette batterie mimant des tambours de guerre, nous sommes prêts à assister à cette dernière. C'est là qu'un riff, servi par un bon blast toujours proche d'une marche militaire arrive. La voix de Mortuus, désabusée et encore plus pestilentielle que celle de Legion, nous ordonne de participer à cette célébration de la mort et du chaos. Ce titre – chose rare dans le Black Metal – possède un refrain, et on se surprend à l'entonner comme si c'était celui d'un chant de guerre. 

Cependant, "The Blond Beast" seconde "Frontschwein" et peut dérouter. Reprenant des théories d'une partie des officiers nazis dans les paroles, ce dernier explore une facette plus lente du Black Metal de MARDUK. Nous avons déjà été habitués à ce genre de titre sur Serpont Sermon, ralentissant le rythme par rapport à Wormwood pour rajouter plus de noirceur. Mais avec un titre comme "The Blond Beast", on y croit moins. Pas que ce genre de titre soit mauvais, mais par rapport à l'album dans son entièreté, ils se digèrent moins bien. On retrouve dans le même esprit "Wartheland", "Nebelwerfer" ou même "Doomsday Elite", long de huit minutes. Ma préférée parmi ces dernières reste "Nebelwerfer", avec les alternances vocales de Mortuus. Lorsque MARDUK se fait plus lent et mélodique, il se rapproche de l'état d'esprit et des riffs d'un groupe comme ENDSTILLE.

Nous retrouvons également les habituels titres rapides, dans la veine du Black Brutal qu'a toujours proposé MARDUK : "Afrika", "Rope of Regret", "Between the Wolf-Packs" et aussi le dernier titre, "Thousand-Fold Death". Avec "Between the Wolf-Packs" et , "Thousand-Fold Death" on a mes deux titres rapides préférés de l'album, avec un coup de cœur pour "Thousand-Fold Death". C'est sur ce titre qu'on retrouve Mortuus scander ses paroles avec une rapidité qui pourrait en faire pâlir certains dans le milieu Rap ou Hardcore. "Between the Wolf-Packs", quant à lui, possède ces mélodies de guitare inspirées du Black Metal d'ENSTILLE. Au cœur de l'horreur de cette guerre, comme dans l'univers développé par le groupe allemand sus-cité, Mortuus souffre en même temps que son auditoire. Nous sommes ensemble sur le même front, sur le même bateau. La peinture du Radeau de la Méduse n'est pas si lointaine.

Le visuel, quant à lui, reprend celui laissé par Panzer Division Marduk : des images de guerre, de souffrance, des membres du groupe nous regardant, de mort, de tanks allemands, mais également d'espérance. Derrière le livret, on retrouve le porteur du tambour de guerre et les autres membres du groupe entourés de fils barbelés. Ces visions apportées par le visuel de Frontschwein nous guideront à travers ce charnier sonore.

Cet album est en résumé bon à écouter. Par la thématique plus proche des guerres modernes que du satanisme, nous nous éloignons du Black Orthodoxe de FUNERAL MIST. Aux côtés d'albums misant plus sur la brutalité comme Axiom des polonais d'INFERNAL WAR, l'album reste une des meilleurs sorties de Black Brutal de l'année. Comme Axiom, Frontschwein nous rapproche d'un climat de guerre mais celui-ci s'écoute non pas en s'imaginant la gloire de la guerre mais en prenant conscience des horreurs du conflit. De plus, Frontschwein est bien meilleur que Panzer Division Marduk qui traitait du même sujet. Nous ne pouvons donc que féliciter le groupe de s'être rattrapé sur cette thématique.

par Gul Le Ricanant, le 06/04/2017

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