LUGUBRUM

Face Lion, Face Oignon

 Vous aimez le cinéma ? Moi, j'adore le cinéma. Et je ne prive d'aucun genre. Des gros navets aux films d'auteur en passant par les films d'animation de Pixar. Mais c'est vrai que les films qui me marquent le plus, ce sont ceux qui me promènent, qui ont quelque chose à dire mais qui ne le délivre pas directement... Je suis fan de The Brown Bunny. Filmer la route pendant les 3/4 du film pour comprendre en fait la détresse du gars au volant dans la dernière partie, ça m'a parlé. Beaucoup plus que Borat par exemple qui contient pourtant un message derrière l'étalage apparent de débilités. Une course poursuite à poil entre deux gars immondes sur fond de satire sociale, ça a beau être original, j'en garde plus une image de connerie sur patte qu'un moteur de réflexion.

 LUGUBRUM est un groupe belge qui fête ses 20 ans. Formé en 1992, on lui doit tout de même 11 albums avec ce petit nouveau. Et si le groupe a débuté avec un black metal sommaire, raw et brut, il a peu à peu ajouté des éléments étonnants à sa musique. On retrouve encore ici des passages jazzy, des pickings entêtants, des mélodies sombres heavy-doom et quelques petits apports orientaux à travers des samples à la fin de deux morceaux. Sur ce point-là ça colle avec l'apparente thématique. Les titres sont éloquents : « El Arich », « Jaffa », « Acre », « Mont Tabor (Thabor) » et « Gaza » sont à placer en Egypte, Israël et Palestine. Le mélange des genres n'est absolument pas choquant, et au contraire, il y a des parties qui accrochent méchamment l'oreille. L'effet est en plus addictif et donne envie d'être réécouté. Mais... c'est seulement le cas sur les trois premiers titres. A partir de « Acre I », la musique devient plus linéaire et même prévisible. « Acre I » et « Mont Tabor » sont vite lassants tandis qu'« Acre II » et son rythme lent n'en finit pas. Il lui manque la conviction et sur 6 minutes, on en couperait bien 4.

 C'est donc surprenant et frustrant de trouver trois bons titres suivis de 3 autres sans saveur... Ce serait ça la face Lion et la face oignon ? Elle pue un peu la face oignon, et il lui manque la touche LUGUBRUM. Elle n'y a guère que les vocaux qui nous rappellent quel groupe on écoute avec son timbre si particulier, mais bien black. Ils sont réussis, mais attention, les paroles sont à se casser la tête contre un mur tellement elles donnent l'impression de se foutre de notre gueule. Encore l'effet Face Lion Face Oignon ? Sur ses albums précédents, le groupe avait chanté principalement en anglais et en flamand alors je ne peux pas juger leur contenu, mais il s'était déjà essayé au français sur Albino de Congo. On se demandait déjà si c'était du lard ou du cochon en entendant parler de « grands-mères d'hippopotames », de « nègres blancs » ou de« femmes excisées ». Mais bon, ça avait encore du sens. Tandis que maintenant, on a droit à du « J'aime l'oignon » qui revient fréquemment. Alors on se dit que cela doit cacher quelque chose, que ce n'est pas juste du « J'aime l'oignon » pour le « J'aime l'oignon ». C'est peut-être une dénonciation des clichés habituels, ou alors l'oignon désigne autre chose, lié à l'Egypte. Ou alors c'est juste pour se foutre de la gueule de ceux qui vont tenter d'y comprendre quelque chose. Certains ont sans doute saisi le message, mais moi non, surtout que le livret n'est pas explicite, avec juste une gravure et le message "Vive l'oignon, vive Noël". Donc je le prends au premier degré. Bref, c'est Borat. Le message passe en arrière plan, comme la musique. Même résultat avec la première parte de « Jaffa ». On nous y balance une longue tirade lue avec un accent forcé.

« Afin de se sauver, ils n'avaient d'autre choix que sauter à la mer. Ils ne réfléchirent pas longtemps et commencèrent tous à nager. Ils se faisaient tirer dessus, et la mer fut soudainement colorée de sang et couverrrte de cadavres... ».

 Là, je ne me plains plus, ça dépasse l'oignon et ça a du sens, mais le choix de l'accent ne colle pas à la musique et on pense fortement au « Il faut que je vous raconte. Dans un petit resto, y'avait beaucoup de monde. J'ai demandé des huîtres... » de CARNIVAL IN COAL sur « Yeah Oystaz ! ».

 Ce doute constant de savoir si c'est de la déconne ou de l'ironie ne sert pas l'album, d'autant que sur les trente dernières secondes de l'album, après un long blanc, nous avons droit au groupe qui se marre. Alors quoi ! C'est ça en fait. C'était une grosse blague potache sans rien derrière ? Sûrement pas, mais il fallait nous donner plus d'indices, plus de clés pour avoir envie de comprendre. Là, on passe à côté et on entend déjà le groupe nous reprocher de ne pas avoir apprécié la musique parce qu'on n'avait pas saisi les références. L'auditeur devient responsable, un peu comme avec PENSEES NOCTURNES en fait... Trop facile.

 Those Opposed Records avait déjà prouvé son intéret pour un black différent avec NKVD. Cela avait été une vraie réussite, mais ça l'est moins avec LUGUBRUM qui a eu le tort de laisser trop de questions en suspens et surtout de ne pas être égal musicalement sur tous les morceaux. Du coup 3/6, c'est ça aussi l'effet Face Lion, Face Oignon, Face Figue, Face Raisin.

par Sakrifiss, le 19/05/2012

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