LIFELOVER

Pulver

LIFELOVER est un de ces noms associés pour la postérité au DSBM. Si les derniers albums du groupe (Sjukdom, Konkurs) rentrent sans trop d'effort dans cette catégorie, c’est peut être moins vrai en ce qui concerne les débuts du groupe : on y découvre en tout cas en quoi ce groupe a pu influencer la scène et vice-versa.

Pour les rappels de la biographie du groupe, on notera la présence en son sein de Kim Carlson, homme de projets multiples (HYPOTHERMIA, KYLA, KALL (groupe post-LIFELOVER)) alias () et de Jonas Bergqvist (DIMHYMN, IXXI, ONDSKAPT) alias B. Le groupe, formé en 2005, sortira quatre LP et un EP jusqu’à sa dissolution à la mort de B. en 2011 - lequel décède d’une overdose de médicaments à l’âge de 25 ans.

Pour ce qui est concept, le nom du groupe fait partie de ceux qui choisissent un nom tout à fait ironique, employant l’antiphrase pour renforcer le propos. Les posings, les performances lives et les interviews du groupe sont à l’avenant, on reste déroutés par l’ironie employée et on ne sait pas vraiment à quoi se fier : entre les petites danses du chanteur, les masques et le faux sang, il se dégage un esprit je m’en foutiste, mais désabusé ; bref une déprime à laquelle on assisterait, sans pouvoir rien y faire. Les thématiques des paroles sont également en cohérence avec ce tableau, entre dépression urbaine, anti-dépresseurs, lendemains de soirées, monotonie, angoisse totale face au vide des interactions sociales. Cela dérangera probablement ceux qui ne sont pas du tout sensibles à ce genre de thématiques, étant établi qu'on est très loin de l'ode aux fjords majestueux et à la gloire passée de guerriers blonds sujets aux coups de soleil.

Venons-en, une fois ce décor planté, à la musique présentée sur ces 12 chansons pour 42 minutes de musique. Comme je le disais en introduction, la case DSBM semble trop étroite pour cet album : en effet, au niveau formel, nous somme loin du black metal de manière générale : absence de blasts, rythme peu soutenu, basse audible. Heureusement, à travers certains riffs ("Nackskott", "M/s salmonella") et le chant, on arrive à raccrocher une certaine filiation. Les instruments prédominants sont ici la guitare, la basse et le piano : ce sont vraiment ces trois instruments qui tracent les sillons des pistes, sachant que ces trois instruments sont joués par B., qui compose la majorité de la musique du groupe - on peut également penser qu'il s'est occupé du mixage.

Les mélodies ne sont pas alambiquées pour un sou, la batterie est en retrait, le piano sonne quelque fois de manière un peu naïve. Le chant n'est pas en reste, avec énormément de variations de type (vocaux clairs, cris, hurlements, discours, extraits de chansons) et de tonalité (les trois membres du groupe sont crédités pour les vocaux). Finalement, on a affaire à un mélange d'influences diverses, metal, black metal, rock et même pop pour certains aspects ; le groupe lui en tirera la dénomination "Narcotic Metal", qui est pour le moins nébuleuse. Ce qui est sur, en tout cas, c'est qu'on est sevré de violence et de rapidité. 

Le côté dépressif, lui, est bien présent et suinte de toute les pistes, malgré les tentatives récurrentes du groupe pour faire de l'humour. Cette "cohérence dans l’incongru" se retrouvera en creux dans tout l’album, entre cris déchirants, témoins d'une réelle souffrance, et ironie de chansons enfantines détournées, de musique de cirque...). Evidemment, n'étant pas suédois, je pense qu'il y a un certain nombre de choses à coté desquelles on passe, même si des traductions des paroles facilement trouvable sur Internet nous aiguillent quelque peu. On retrouve parfois dans ce foutoir des similitudes avec ce que peut proposer WOODS OF INFINITY. Malgré ce coté foutraque, il existe dans l'album une espèce de sincérité qui touche juste en dépit de tout bon sens.

Si il y a bien une chose que ne l'on ne peut nier à la musique de LIFELOVER, et tout particulièrement sur ce premier album, c'est sa capacité à évoquer, à transmettre une émotion à l'auditeur. En effet, chacune des pistes de son album véhicule sa propre émotion, et cela semblerait surprenant de ne rien ressentir à l'écoute de "Söndag", "M/s salmonella", "Kärlek, Becksvart Melankoli"... Et en faisant cette liste je me rends compte que je pourrais toutes les citer, car elles sont toutes excellentes pour moi. 

L’album conserve finalement une touche assez raw, dans le sens où la production est un peu aléatoire selon les pistes, entre instruments parfois peu audibles, mixage surprenant, guitares étouffées, fade-in et fade-out déstabilisants ("Söndag", "Vardasnytt", "Mitt Öppna Öga"), même une simple interlude possède son souffle mal produit, son piano surmixé... C'est une caractéristique que j'apprécie en général dans les "travaux de jeunesse", et ça ne fait pas exception dans ce cas là. 

Il va sans dire que cette musique en déroutera certains, et à défaut de laisser indifférent - clivera et agacera. Certains reprocheront la naïveté, le côté adolescent qui parfois même transparaît - et c'est difficile de leur donner tort - d'autres le mélange des genres, ou le côté bordélique. J’ai pour ma part réussi à me concentrer sur la musique et le ressenti procuré ; et je dois le dire, je suis conquis. 


par obsoletedream, le 04/03/2017

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