IMMORTAL

Sons of Northern Darkness

Hérauts des régions septentrionales localisées par-delà le cercle polaire, rêveurs idéalistes du grand nord et artisans du Black Metal de la deuxième vague en Norvège, IMMORTAL est dorénavant l'un des groupes les plus reconnus dans l'art noir. Au sein de leur discographie, leur première période, jusqu'à Blizzard Beasts, vit la fondation de monuments intemporels. Et parmi ces derniers, on peut citer l'apocalyptique Pure Holocaust et le guerrier Battles in the North. Mais à la suite de la semi-déception que fut Blizzard Beasts, sorti en 1997, At the Heart of Winter, sorti en 1999, ouvrira une seconde période pour le groupe.

Désormais, IMMORTAL joue un Black Metal apaisé par un sens de la mélodie inédit - faisant face aux frontières du Heavy Metal vigoureux d'un MOTÖRHEAD. Ce n'est que l'année suivante, en 2000, qu'IMMORTAL cherchera à revenir à une musique plus sombre avec Damned in Black. Mais si, dans cette nouvelle période pour le groupe, un album doit faire office de retour aux sources, c'est plutôt le suivant, Sons of Northern Darkness, sorti en 2002.

D'entrée de jeu, "One by One" et le titre éponyme joueront sur le terrain de l'efficacité pure. Ces deux premiers titres alternent les parties blastées décapantes avec des passages plus lents et terrifiants. La batterie résonne avec justesse et précision : ses rafales, matraquées par un Horgh plus militarisé que jamais au nom de la vitesse extrême, donnent froid dans le dos. Elles sont exécutées comme la froideur de la musique du groupe : avec absence de sentiments. Au milieu de cette froideur, seules les parties de basse apportent une chaleur proche du magma. On pourrait croire que le son de la basse vient des fournaises des forges du grand nord, servant d'arsenal militaire aux hordes de Blashyrkh, le royaume inventé par Demonaz. Quant à la guitare, ses riffs, toujours fouillés, oscillent entre les inspirations Black et Heavy. En plus de cela, des influences Thrash récemment digérées se font sentir. Enfin, la voix d'Abbath prophétise toujours autant de visions des futures épopées de Blashyrkh. Cette dernière est également capable de monter en gravité lors des passages lents.

Sons of Northern Darkness nous emmène en vacances sous le soleil de minuit. Vous vous retrouverez ainsi au milieu de guerriers aux regards de tueurs à ne pas croiser si vous tenez à votre vie d'homme moderne. Et cet album réussit à nous poser son atmosphère avec moins de maîtrise mais plus de brutalité que sur les deux albums précédents. Et ça, il faut le faire. Ces atmosphères basculent entre chaleur et froideur extrême, comme si nous nous retrouvions face à un plateau volcanique du pôle nord.

Même sans visuel, nous écoutons l'album des images plein la tête. Et c'est dommage, encore une fois, que ce dernier ne soit pas plus étoffé. Il nous présente une vision sombre et démoniaque du royaume. Et en avant-plan, nous avons droit à la pose des trois membres du groupe. Nous retrouvons cette image d'un Blashyrkh désolé, sans les membres du groupe, mais obscurci par une nuée de corbeaux, sur le dos du disque. Toujours écrites de la plume de Demonaz, les paroles nous emmènent au sein de ce monde désormais dominé par les dieux du chaos. On peut imaginer l'écoute de l'album comme la chute, les unes après les autres, des forteresses voulant résister aux hordes idolâtrant ces dieux du chaos.

En troisième titre, "Tyrants" fera pâle figure par rapport aux deux premiers titres. Bien que l'atmosphère de ce titre possède un mysticisme inédit, l'atmosphère seule ne peut pas suffire à faire un bon morceau. Les riffs de "Tyrants" ne sont pas aussi brillants que ceux des deux premiers titres. Ce troisième titre g perdre l'album en vitesse. La fin relèvera un peu le niveau, par le blast mais également par l'ambiance qui le suit, plus forte et mystique que jamais. Un paysage sera peint avec comme pinceaux les instruments et avec comme peinture la ferveur des membres du groupe.

Suite à "Tyrants", "Demonium", aux blasts et aux hurlements effrayants, remontera le niveau. Cependant, ce titre peut être vu comme l'exact opposé de "Tyrants". On pourra lui reprocher, bien qu'il soit rapide, de ne pas avoir l'atmosphère du troisième titre. En dehors de ces deux titres un peu moins brillants que le reste, un autre défaut apparaît lors de l'écoute de Sons of Northern Darkness : il s'agit de l'homogénéité. Cet album peut sembler trop binaire pour les amateurs de musique plus atmosphérique ou plus complexe. Nous avons soit droit à du blast, soit à des passages plus calmes.

Toutefois, ce défaut s'estompe avec le grand final de cet album. Les quatre derniers titres de l'album font entre sept et huit minutes, et parmi ces quatre titres, les deux derniers sont particulièrement réussis. Tous deux ont pour point commun de cesser de parler de Blashyrkh pour parler du nord réel. Nous aurons donc droit autant à la nature, aux forêts et aux montagnes qu'aux peuplades qui y vivent et qui y ont vécues dans le passé.

Le premier des deux, "Antarctica", commencera lentement avec un synthé donnant des nappes aériennes. Par la suite, les riffs s'enchaîneront, et cette vision aérienne d'une nature faite de glace pure ne nous quittera plus. On survole ainsi les paysages brumeux et lointains du pôle sud. Le dernier titre, "Beyond the North Waves", long de huit minutes, nous plonge plutôt au temps des vikings. Nous voguons ainsi dans les mers sur nos drakkars respectifs. Egalement très aérien, ce titre devient, quant à lui, réellement majestueux. Grâce à l'atmosphère relevée par des nappes de synthétiseurs, "Beyond the North Waves" surpasse l'atmosphère de "Tyrants". L'album se termine sur un drakkar, affrontant on ne sait quel danger. Mais, qu'il soit naturel ou humain, il nous mènera vers le Valhalla d'Odin pour avoir combattu jusqu'au bout en croyant toujours autant en nos idées personnelles.

Plus facile à écouter et moins atmosphérique aux premiers abords, Sons of Northern Darkness se révèle au fil des écoutes, devenant l'un des albums les plus aboutis de la seconde période de la discographie d'IMMORTAL. Alors que d'autres groupes de Black Metal comme EMPEROR ou OBTAINED ENSLAVEMENT cherchaient des influences Metal en dehors du Black Metal, IMMORTAL, en 2002, entreprendra la même démarche mais en gardant l'atmosphère propre au Black Metal. Sons of Northern Darkness est un album à ranger aux côtés de son grand frère, At the Heart of Winter, niveau qualité. Un album facile à apprécier lorsqu'on le découvre, mais difficile à saisir dans son intégralité.

par Gul Le Ricanant, le 04/12/2016

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