FORGOTTEN TOMB

Songs To Leave

Sorti il y a 15 ans déjà (ça ne nous rajeunit pas), ce premier album de FORGOTTEN TOMB fait suite à une première démo sortie en 2000, Obscura Arcana Mortis. Bien que plus violente, plus dense et plus black que ce premier album, on y décelait très subrepticement quelques ingrédients que l'on retrouve ici. Mais que de changements en deux ans ! Il y a là un véritablement revirement dans la construction musicale, le chant, la production et quasiment tout en fait.

FORGOTTEN TOMB s'engouffre en effet dans la naissante scène dépressive, qui à l'époque n'a pas l'épaisseur qu'on lui connaît aujourd'hui. Le one-man band italien, mené par Herr Morbid (sans commentaire) signera d'ailleurs sur le désormais défunt label Selbstmord Services fondé par Kvarforth de SHINING. Le groupe aura, à l'instar de beaucoup de formations de cette scène, bien du mal à proposer quelque chose d'intéressant sur la durée.

Pourtant tout commençait bien avec ce premier album : FORGOTTEN TOMB retourne donc sa veste et nous propose un black lent aux influences doom metal, mélange entre du vieux KATATONIA (période Brave Murder Day) et une voix black typée BURZUM, rehaussé d'un peu de DOLORIAN. Les influences vont parfois très loin, au point que l'introduction d'"Entombed by Winter", première piste de cette opus, ressemble comme deux gouttes d'eau à l'introduction de "When all laugther has gone" de DOLORIAN. Je vous laisse seuls juges pour savoir où commence l'hommage et où s'arrête le plagiat. 

On est dans le mid-tempo et point de blasts ici - sauf à de rares et notables exceptions. Les compositions s’organisent autour des mélodies de guitare, une lente et grave rythmique et une guitare souvent non saturée de laquelle dégouline de sombres mélopées. D'un point de vue purement factuel, le groupe nous propose ici 5 chansons pour 47 minutes, chacune d'elles oscillant entre 7 et 12 minutes : on évite donc la piste de 25 minutes, ce qui n'est pas un mal. Ce genre de durée permet de répéter les motifs et d'apporter des breaks sans pour autant être indigeste. La production est une vraie réussite, avec un son tout à fait reconnaissable, faisant la part belle aux guitares et à la voix. 

Les breaks sont assez mémorables, et certains vous resteront en tête des années durant, comme par exemple ce lead presque rempli d'espoir à 7:38 sur "Steal my corpse", qui surprend autant qu’il est réussi. Ces breaks sont assez récurrents d’ailleurs dans les compositions : 4:00 de "Disheartment", 3:50 sur "Solitude Ways"... de bonnes inspirations qui viennent éclairer un univers sombre et morne, qui sans ça serait resté un peu stérile. 

La réussite de cette album à mon avis, tient au fait d'avoir réussi à rendre ce black aux influences lentes et répétitives suffisamment intéressant pour qu'on aie envie d'écouter tout l'album, et qu'au final on se le repasse assez facilement, appréciant les passages les plus inspirés. La répétition est ici présente mais pas jusqu’à l’overdose, juste ce qu’il faut pour être entêtante sans pour autant nous ennuyer ; et le rythme - bien que lent - n'atteint jamais les sommets de mollesse de bien des formations doom. Et le mélange de ce son de gratte un peu rond, de ces influences doom metal et de voix suraiguë est tout à fait réussi - pour peu qu'on soit sensible au style. 

Au rang des critiques, on pourra déjà remarquer l'incohérence assez palpable entre la première piste, avec cette voix pleine de saturation, qui jure avec les quatre autres pistes, très homogènes par ailleurs. A ce point homogènes que si vous zappez les chansons 3 à 5 après quelques secondes vous aurez l'impression que toutes les pistes commencent de la même façon, ce qui aurait un petit fond de vérité. On pourra regretter le manque de passages plus soutenus, qui sont rares mais réussis ("Steal my corpse"), ainsi que la peut-être désagréable impression de déjà entendu que pourrait ressentir un fan de DOLORIAN.

L’atmosphère - comme le dénote la pochette toute en finesse - est à l’auto-mutilation, la haine de soi, le dénigrement, l’auto-agression psychologique, de ce corps dont on voudrait bien se débarrasser, qu’on imagine déjà nourrissant les bactéries et les chenilles, au fond d’une fosse commune oublié de tous, sans espoir, sans famille, sans rien. Les paroles sont par contre assez anecdotiques. 

Cet album est donc un ovni résultant d'un alignement hasardeux des planètes pour un groupe qui ne sortira rien de mieux par la suite ; ce début restant une référence à connaître pour les amateurs du style.


par obsoletedream, le 29/01/2017

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