DYSTER

Le Cycle Sénescent

Avant de parler de DYSTER, je ne peux pas m’empêcher de parler d’une anecdote qui remonte à 2003 et au premier album, très court, du groupe français PRAEDA. Peu doivent s’en souvenir, mais il a été marquant pour moi car malgré un son bien raw et des compositions assez agressives, il contenait des passages poignants qu’une meilleure production aurait été incapable de reproduire. Je découvrais les bienfaits de ce qui pouvait à priori être une faiblesse.
 Il en est de même avec DYSTER, formé en 2004 par le Français Nokturn. Vous l’avez peut-être déjà croisé dans une autre de ses formations, toutes aussi réussies, AUTARCIE ou CIEL NOCTURNE. J’ai découvert ce one man’s band avec sa demo Fallen, Suicided et Forgotten qui m’avait surpris par la variété des compositions, passant avec aisance d’un titre trve thrashisant à un autre mélancolo-dépressif. Et le tout avec un son artisanal empli d’émotions.
 Ce « Cycle Sénescent » est enfin le premier album. Il est tout aussi varié, avec de nombreuses surprises. Pendant 12 titres et une heure de musique, on passe par des sentiments divers, inspirés par un pessimisme, une haine de l’urbanisme ainsi que par la mélancolie et la misanthropie qui en découlent. Les titres parlent d’eux-mêmes ! « Chroniques d’un asocial », « Chute libre », « Hurle »... et bien sûr, toute cette rage mêlée de déception est crachée en français.
 Ce recueil d’un homme obligé de vivre parmi ceux censés être les siens commence par une « Immersion » de 3:38. Elle fait déjà preuve de sensibilité avec une déclaration dégueulée sur le paysage urbain. L’introduction est parfaite pour saisir l’ambiguïté du personnage et de sa musique. Doit-il haïr ses pairs ? Doit-il pleurer du grand gâchis de l’homme ? Un son toujours sale comme les trottoirs d’une grande ville, et une voix abimée qui hurle sans porter très loin, tel un cri dans les clameurs d’une foule, sont les témoins de ces sentiments de doute...
 Mais on ne peut pas dire que c’est du dépressif parce que le rythme est toujours soutenu. Il faut aller vite, notre époque l’impose, mais il y a des mélodies mélancoliques qui montrent qu’on aimerait voir du beau dans ce monde. Et il y a des passages où le temps parvient à être arrêté, comme sur la lancinante « Insomnie Automnale ». Les choses ne bougent plus, mais au lieu de permettre un repos nécessaire, la pause oblige à se rendre compte de l’absence d’issue. Cette insomnie, c’est celle que chacun peut vivre, se demandant où sa vie le mène et si ce chemin est celui de son choix... « Freeways of Perdition », « Intermède Sylvestre » et la conclusion « Farewell » sont du même tonneau. On peut y ajouter la reprise de LIFELOVER (« Sweet Illness of Mine ») qui finalement n’est pas si étonnante, les Suédois aussi jouent avec l'amertume. La reprise est fidèle à l’original et s’imbrique bien aux autres titres. Elle manque un peu de réappropriation, mais ce n’est pas gênant.
 La plus belle réussite de cet album est d’ainsi pouvoir communiquer le mal-être de son géniteur, et d’intégrer des mélodies désabusées. Si vous pensez que CELESTIA est devenu trop propre, alors tentez sans hésiter DYSTER, car il parvient à conserver un naturel et une impression d’improvisation qui font mouche.

par Sakrifiss, le 10/01/2011

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