BURZUM

Det Som Engang Var

En 1988, le jeune norvégien Varg Vikernes donne naissance à son projet solo BURZUM. De son expérience au sein d'anciens groupes de Death Metal comme OLD FUNERAL (avec Abbath et Demonaz qui fonderont IMMORTAL), Varg se sera forgé son bagage technique à la guitare. Il passera pas moins de quatre fois en studio pour enregistrer ses quatre premières sorties (Burzum, Aske, Det Som Engang Var et Hvis Lyset Tar Oss). Pour la première sortie, le contrat sera plus ou moins respecté par Euronymous, alors ami de Varg et gérant du label Deathlike Silence Productions. Cependant, pour les trois sorties suivantes, le label tardera à respecter ses promesses, si bien que Varg décidera de former son propre label, Cymophane Productions, avant de commettre l'irréparable. Et c'est dans ce contexte sanglant d'incendies d'églises, mais également de vengeance et d'assassinat, que Det Som Engang Var sortira en 1993, plus d'un an après avoir été enregistré.

La pochette de Det Som Engang Var, tout en nuances de gris, représente des remparts. Ces remparts, composés de gargouilles et de têtes grimaçantes en tout genre, semblent nous défendre de menaces lointaines. La puissance démoniaque enfermée par cette muraille pourrait briser l'équilibre mental du plus aguerri. Imaginez donc les horreurs que ces remparts referment. Et maintenant, imaginez qu'elles renferment des hordes d'orcs et de créatures maléfiques sorties tout droit du bestiaire du Mordor. Varg étant un grand lecteur de Tolkien, l'interprétation est facile. La pochette évoque donc les limites d'un monde libre vivant simplement face à un monde bien plus tourmenté que l'on ne souhaiterait surtout pas découvrir. Le livret, par contre, n'est pas des plus garnis : L'intérieur nous narre les textes des morceaux et le dessous nous gratifie de l'illustration d'un genre de magicien avec un petit texte justifiant la démarche artistique de cet album.

Personne ne souhaiterait découvrir le monde caché derrière les remparts de la pochette ; c'est pourtant ce que l'on va faire ensemble. Musicalement, c'est à partir de cet album que BURZUM quittera les carcans du Black Metal Norvégien purement Oldschool de MAYHEM, DARKTHRONE ou IMMORTAL pour se concentrer sur un rendu véritablement émotionnel. L'Oldschool aussi joue sur les émotions, mais ici, musicalement, BURZUM va plus loin. Des titres comme "En Ring til Aa Herske", le génial "Lost Wisdom" ou l'interlude "Han Som Reiste" nous le prouveront. Ce sont des exemples parfaits de ce changement de style. Nous n'allons donc pas écouter que du simple "Trve Norwegian Black Metal".

Dès cette introduction nous plongeant dans les abysses de nos pensées les plus inavouables, nous nous retrouvons comme cloués à cette musique qui nous plonge dans les contrées horribles du Mordor, entre volcans en fusions et cendre froide. "Key to the Gate" déboule et la batterie donne le ton pour les autres instruments. Nous n'aurons aucun mal à garder comme point de repère le Black Metal Oldschool Norvégien d'un DARKTHRONE. La batterie, sans être brutale, bat un rythme plus ou moins rapide. Les riffs tourmentés de la guitare s'éloigneront déjà plus de l'Oldschool. Néanmoins, ce qui change réellement du trve, c'est le chant qui ne s'arrête dès lors plus de hurler sa haine et son désespoir. Au sein de la psyché de Varg, on sent que la noirceur, la haine, la souffrance et même le mal absolu sont renfermés.

Mais ce n'est pas tout. Au milieu du titre, la batterie ralentira drastiquement pour laisser place aux sanglots des guitares et aux hurlements de Varg. En 1993, ceux-là glaçaient l'échine des malheureux qui osaient poser l'oreille sur Det Som Engang Var. Les guitares enverront, dans les moments de faiblesse, des leads de toute beauté, afin de rendre de la force et de la vigueur à la musique de BURZUM. Ce titre paraît lent pour le Metal Extrême de l'époque. Mais que dire du prochain titre, "En Ring til Aa Herske" ? Guidées par des semblants de chœurs travaillés au strict minimum, les mélodies de guitare s'enchaînent, avec ou sans rythmique de basse et de batterie. Et c'est au milieu de ce titre que l'on se retrouve au plus bas de nos capacités de résilience face aux ténèbres de cette musique. Nos pires peurs se mêlent à la déception de la vie qu'on a vécue jusque-là.

Vous croyez avoir entendu les deux meilleurs titres de Det Som Engang Var ? Vous n'avez encore rien entendu, ce n'est que le début de l'album. Il reste encore une bonne demi-heure d'écoute. "Lost Wisdom" s'impose, à la suite des deux premiers titres, comme le meilleur du disque. Démarrant sur un riff entraînant rappelant le début de "Key to the Gate", soutenu par un mid-tempo de batterie, l'espoir de sortir du Mordor renaît. Cependant, la batterie s'arrête peu après pour laisser libre cours à l'expression des guitares. Et ces dernières nous dépeignent de leurs cordes un art profond empli de mélancolie. Les tourments de Varg Vikernes se transforment, ici, en vocaux trahissant non plus une simple haine, mais de la folie pure. Sans blast-beat, parfois même sans batterie, la folie des vocaux apportent une puissance inédite pour l'époque.

S'ensuit une interlude planante de dungeon synth du nom de "Han Som Reiste". Nous planons au-dessus de châteaux forts jonchant les campagnes de Norvège ou des Terres du Milieu. Nous sommes ramenés, sur ce titre, aux temps anciens, avant que la civilisation puisse aller plus loin dans sa notion d'équilibre. On se rend compte alors que le bien et le mal différaient de leur notion actuelle. Les titres de Dungeon Synth comme "Han Som Reiste" évoquent ce genre de donjons oubliés qui possèdent chacun une histoire riche, comme si les châteaux forts possédaient eux aussi leur personnalité. "Naar Himmelen Klarnar" continuera à nous faire planer. Une simple mélodie de guitare nous fait, ici, fonctionner la partie droite du cerveau, celle qui permet l'imagination. Entre les prairies et les forêts de sapins qu'on imagine s'etirant à des hectares à la ronde, nous imaginons dès lors les légendes tapissant chaque recoin de ces forêts.

Le dernier titre, long de presque dix minutes, se nomme "Snu Mikrokosmos Tegn". Son intérêt, en tant que dernier long titre à tiroir, serait de finir Det Som Engang Var en beauté. Hélas, "Snu Mikrokosmos Tegn" rate le coche. Non pas que ce titre soit foncièrement mauvais, mais par rapport au reste de l'album, il représente une certaine déception. Les chants clairs utilisés sur "En Ring til Aa Herske" reviennent. Mais on aurait pu s'attendre à ce qu'ils soient mieux développés. De plus, les plans semblent se répéter tout le long de ces neuf minutes. Si bien qu'on peut s’ennuyer et vouloir passer à une autre piste. Heureusement, Varg nous servira à nouveau ses performances vocales uniques. "Snu Mikrokosmos Tegn" termine l'album en demi-teinte. Et c'est dommage ! L'outro ne sera pas mieux que celle de l'album éponyme. On aura droit à un style de dark ambient travaillé au strict minimum. L'outro et la piste qui la précède apparaissent dispensables.

Lors de la sortie du split entre EMPEROR et ENSLAVED, une nouvelle définition du Black Metal, norvégien mais aussi mondial, venait de se révéler au commun des mortels. Dès ses débuts, BURZUM enfoncera le clou de ce nouveau style de Black Metal, le Black Metal Atmosphérique, aux côtés des deux sus-cités. Mais dès la sortie de Det Som Engang Var, un gouffre vers les ténèbres d'en dessous aura été creusé, duquel d'autres groupes du style se terreront. On peut critiquer Varg Vikernes, autant en tant que personnage qu'en tant que musicien mais il reste un génial précurseur. Sans lui, des groupes comme DRUDKH ou AUSTERE n'auraient peut être jamais existé.

Malgré une fin d'album plus faible, Det Som Engang Var reste un classique du Black Metal Norvégien des années 90 en même temps que le disque le plus accessible de BURZUM. A connaître.

par Gul Le Ricanant, le 23/11/2016

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