BAL-SAGOTH

Starfire Burning Upon the Ice-Veiled Throne of Ultima Thule

Dans l’œuvre de Robert E. Howard, un barbare, c'est quelqu'un qui refuse la civilisation. Pour un personnage comme Conan le Cimmérien qui parcourt le monde en goûtant aux plaisirs simples de la vie, la civilisation n'est qu'une vaste blague. Et cette forme de pessimisme se retrouve, à certains égards, au sein du Black Metal. Pourquoi une telle introduction ? Tout simplement parce-que le groupe qui nous intéresse ici, BAL SAGOTH, développe des thématiques autour de l’œuvre de Robert E. Howard. Mais on y reviendra.

Formé au Royaume-Uni en 1993, BAL SAGOTH sortira une démo puis un premier album en 1995 nommé A Black Moon Broods over Lemuria. Le groupe sera souvent comparé, à tort, à ses confrères de CRADLE OF FILTH et HECATE ENTHRONED. Et il est vrai que ces trois groupes Britanniques naviguent entre le Black Atmosphérique et le Black Symphonique. Ensuite, comme CRADLE OF FILTH et HECATE ENTHRONED, le premier opus de BAL SAGOTH conservera des influences du Death Metal, comme beaucoup de formations Black Metal débutantes à l'époque. Mais contrairement à leurs confrères, le côté Death Metal restera présent chez BAL SAGOTH. C'est un an plus tard, en 1996, que BAL SAGOTH sortira son deuxième album, Starfire Burning Upon the Ice-Veiled Throne of Ultima Thule, remportant la palme du nom d'album le plus long du genre ! 

Avec BAL SAGOTH, les paroles endossent une certaine importance pour permettre à l'auditeur de rentrer dans l'univers du groupe. Lorsqu'on ouvre le livret, on découvre, par ailleurs, que les paroles sont bien plus longues que dans la musique en elle-même. Elles traitent, en plus de littérature fantastique, de civilisations disparues, d'historicisme autour des premières civilisations réelles de notre monde, d'occultisme et j'en passe.

L'univers du groupe est, sur ce disque, développé à son paroxysme. C'est ainsi que même les interludes possèdent des paroles. L'album s'écoute comme des amateurs de littérature fantastique liraient une série de nouvelles sur Conan le Barbare. Ce récit épique nous plonge, tout le long de l'album et du livret, dans un univers ancien et décadent : civilisations de l'époque Hyborienne, royaumes de l'Occident et somptueux palais de l'Orient. Mais ça parle aussi des hordes barbares et démoniaques qui menacent, à chacune des frontières de ces empires, le peu d'équilibre qui peut être conservé. La découverte de cet univers nous promet une musique épique à souhait.

Et elle le sera. Dès l'intro, nous sommes plongés au cœur des glaciers du Grand Nord. Perdus en milieu hostile, nous sommes animés par la volonté de poursuivre une quête légendaire. De plus, les claviers qu'on entend au loin lors de cette introduction nous fait sentir qu'une puissante magie est à l'œuvre. La région dans laquelle on se trouve, écartée de la splendeur des civilisations, semble être le théâtre de rites abominables. Cette mise en bouche mystique nous guidera vers d'autres paysages avec "To Dethrone the Witch-Queen of Mythos k'Unn (the legend of the Battle of Blakhelm Vale)".

Les guerriers de BAL SAGOTH débuteront leur première bataille pour détrôner une reine aux pouvoirs de sorcière. Pour se faire, ils useront d'une batterie riche en changements de rythmique, d'une basse qu'on entendra à peine, de guitares aux limites du Death Metal, de claviers symphoniques complètement épiques et d'une voix parfois criées mais très souvent narrée. Cette dernière caractéristique pourra en rebuter plus d'un. Elle rebutera surtout ceux qui ne sont pas fans de jeu de rôle et autres hobbys du même genre. Mais ce défaut fait pourtant la qualité majeure du groupe. BAL SAGOTH nous invite à nous servir de notre imagination lors de l'écoute du disque. Musicalement, nous avons affaire à un Black Metal Symphonique qui présente des ressemblances avec LIMBONIC ART ou OBTAINED ENSLAVEMENT. Le terrain semblera donc familier aux amateurs de Black Symphonique pas forcément adeptes de l’œuvre de Howard.

Difficile, toutefois, de discerner des titres plutôt que d'autres. L'album s'écoute d'une traite tellement la thématique peut passionner. Mais comment ne pas être subjugué par la spirale de terreur de "As the Vortex Illuminate the Cystalline Walls of Kor-Avul-Thaa" ? Comment rester indifférent aux fresques épiques du titre éponyme ? Enfin, comment ne pas prendre goût à la guerre lors de "The Splendour of a Thousand Swords Gleaming Beneath the Blazon of the Hyperborean Empire" et de son pont aérien, comme une chute dans le vide ? Ce dernier titre transmet un véritable désir belliqueux, nous invitant à réveiller le barbare enfouit en nous. Car notre véritable nature s'est faite recouvrir par le vernis grisâtre de la civilisation actuelle, nous nous sentons concernés par ce disque.

L'outro, "At the Altar of the Dreaming Gods (Epilogue)", évoque quelque chose de bien plus terrifiant. Les réminiscences du Mythe de Cthulhu de H.P. Lovecraft pourront interpeller les connaisseurs. Et ce n'est pas étonnant lorsqu'on sait que Howard était fortement influencé par Lovecraft. Un sacrifice au nom de je ne sais quelle entité rampante, rêvant patiemment en attendant de pouvoir se réveiller, s'accomplit sous nos yeux. Après avoir connu la chute des grandes puissances de l'Âge Hyborien, nous découvrons un culte blasphématoire qui désormais peut sévir. Était-ce le même que sur l'introduction du disque ? Cette incertitude nous fera peu à peu perdre notre raison, pauvres humains que nous sommes. Et ces louanges adressée à ces dieux rêveurs sont accompagnées de chœurs aussi mystérieux qu'inquiétants. Ce sera sur ces notes d'horreur que le disque s'achèvera.

BAL SAGOTH livre ici un album excellent : pour peu que vous soyez sensibles aux univers Fantasy / Jeux de Rôle, cet album pourrait vous transporter loin. C'est l'un des premiers albums de Black Metal Symphonique, et il serait dommage, pour les amateurs du genre, de s'en priver. A écouter de préférence en lisant une nouvelle de Conan, ou tout simplement les textes des morceaux. 

par Gul Le Ricanant, le 12/09/2016

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