3e sous-période (2002/2003 - 2007/2008) : réaction conservatrice, entre orthodoxie et paganisme

C'est un peu en réaction à la période précédente que se constitue cette troisième et dernière période. Elle se caractérise d'abord par un « retour aux sources » qui se matérialise par la multiplication de groupes dits orthodoxes, c'est-à-dire qui s'attachent musicalement et conceptuellement à retrouver les canons de la période Old School, tout en conservant quelques acquis musicaux de la période New School (notamment l'attrait pour la mélodie des guitares). Beaucoup de ces groupes sont d'ailleurs issus de Finlande, restée plus en marge du mouvement que la Suède et la Norvège jusqu'alors (et donc moins marquée par une tradition Black Metal).

Des groupes comme SARGEIST, HORNA et BEHEXEN marquent ainsi au fer rouge cette nouvelle scène, sur-utilisant comme autrefois les concepts de l'occulte, du satanisme et de la noirceur à toute les sauces, au risque de plonger pour certains dans le cliché. D'autres groupes vont en revanche revenir complètement au Black Metal Old school, réutilisant des structures et des riffs plus simples et crus, dépouillés de tout artifice ou surenchère musicale, et s'inspirant des bases Metal traditionnel. Ils choisissent volontiers une production plus rêche et mauvaise afin de faire ressortir une émotion particulière, celles des origines du Black Metal. Ils alimentent ainsi le stock des groupes auto-proclamées True Black Metal dont les Norvégiens de DARKTHRONE s'avèrent être parmi les principaux modèles musicaux.

  

Mais pour beaucoup, ces concepts sont passés de mode. Dans une scène très sensible aux émotions et aux racines, la montée de la mondialisation à outrance et des chocs de cultures en Europe réveille chez de nombreux groupes des sentiments identitaires importants. Certaines scènes nationales y sont plus sensibles que d'autres et c'est en Europe de l'Est-Centrale et en Russie, dont le boom musical dans le domaine du Black Metal est de plus en plus prégnant, que le phénomène est le plus fort. Emergent alors des concepts et idéaux nationalistes et la volonté de mettre en avant une culture nationale ou locale, ou tout simplement de revendiquer son intérêt pour le paganisme et les cultures ancestrales. Le phénomène n'est pas nouveau, je l'avais dit, mais il prend une vigueur jusqu'alors inégalée.

L'utilisation d'idéaux extrêmes constituent pour quelques-uns un moyen de de protéger leur culture qu'ils ressentent comme en danger ou plus souvent comme d'un réservoir de puissance et de subversion dans lequel ceux-ci puisent les symboles et les images fortes que ne leur offre plus le Black Metal d'alors. En effet, le satanisme et l'ésotérisme avaient un impact assez fort il y a dix ou vingt ans, mais depuis la fin du millénaire ils ne choquent plus grand monde en Europe à part quelques traditionnalistes chrétiens et évidemment l'Eglise. C'est d'autant plus vrai que celle-ci est de plus en plus marginalisée culturellement et politiquement en Occident. Le nazisme reste une doctrine que les acteurs de la scène ont parfois assimilée sans bien la comprendre dans son intégralité, mais qui possède l'avantage dans notre société moderne occidentale d'offrir à leurs yeux un certain cachet.

Dans tous les cas, la scène qui se revendique elle-même comme pagan devient rapidement un des principaux courants conceptuels puis musicaux du Black Metal, débordant même sur la musique Metal classique. De nombreux labels se spécialisent dans cette unique branche musicale et plusieurs groupes ne se revendiquent même plus de la mouvance Black Metal mais d'une stricte mouvance Pagan Metal. Musicalement pourtant, le style reste ancré fortement dans les acquis de la première période New school, avec quelques particularités comme l'utilisation assez fréquente de chœurs et d'instruments plus folkloriques (cornemuse, accordéon, pipeaux et autres instruments spécifiques de certains peuples). Lorsque l'utilisation de ces derniers devient essentielle au sein de leur musique, elle donne naissance à un style couramment qualifié de Black Metal folklorique (ex : CRUACHAN, MANEGARM). Si la Finlande s'est montré prolifique dans le courant orthodoxe, elle offre également dans celui du pagan quelques groupes phares, tout à fait représentatifs de l'utilisation des claviers, notamment MOONSORROW et FINNTROLL.