PESTE NOIRE

L'ordure à l'état pur

Toujours plus provocateur et toujours plus polémique, Famine, entouré de sa bande de troubadours, continue avec PESTE NOIRE son chemin. Après le déchirant, médiéval et fier Ballade Cuntre Lo Anemi Francor, le nouveau cru KPN se démarque une fois de plus non seulement de tout le reste de la scène black metal, mais également du reste des offrandes du groupe avignonnais. Marqué par un changement en profondeur de line-up, cet opus pousse l'ironie, l'humour et le vulgaire encore plus loin, tout en restant marqué par le sceau indélébile et si jouissivement reconnaissable du Kommando.

Dès le commencement en puissance de L'ordure à l'état pur, cet album était voué à diviser les black-metalleux, entre adorateurs sans réserves et critiques acharnés. « Casse, Pêches, Fractures et Traditions » est une première grosse mandale dans la gueule de l'auditeur, où Famine nous assène ses riffs encore plus typés qu'auparavant après un petit sample des Visiteurs. Des lignes de guitare excellemment construites et au feeling incomparable qui me laissèrent totalement pantois de par leur excellence dès la première écoute. Quelques remarques sont évidentes dès les premières minutes : tout d'abord, la production est ici très bonne, pas crado mais tout de même bien puissante, laissant juste ce qu'il faut de place à tous les instruments. Ensuite, Famine s'est encore surpassé pour nous sortir des vocaux les plus dégueulasses possibles ; outre son chant black si particulier, on a également droit à des aboiements qui seraient à placer entre mauvais RAC et mauvais rap (drôle de mélange !).

Les éléments extra-black metal font vite leur apparition, avec l'excellent passage de variétoche-folklo-bal musette-fête de village française sur ce premier titre, puis avec les plus ennuyeuses influences techno-electro-dance du très moyen « Cochon Carotte et les sœurs Crotte ». Un titre clairement en dessous du reste, qui comporte quelque rares passages intéressants et beaucoup d'inutile voire d'embarassant, sur fond de déviances sexuelles à peine drôles - au contraire du reste des textes de cet album. L'ordure à l'état pur est en effet composé de perles lyriques qui resteront pour sûr dans les annales, de diatribes si fines, telles l'anthologique : « Ben oui ducon c'est moi hurlant qu'ai déboulé du grand virage en mobylette, lançant sur toi un saucisson pour m'enfuir avec ta poulette y faire plein d'trucs de polissons », tiré de l'excellente chanson « Sale Famine Von Valfoutre », un egotrip putride de grand art. « Casse, Pêches, Fractures et Tradition » est dans le même style, de la grosse déconnade de skinhead chauvin et alcoolo, qui comprend également l'inoubliable « Cours vite coco, j'ai dégainé mon arbalète, selon mon nombre de canettes tu prendras la flèche dans la tête ou dans les noix d'coco ».

Il serait toutefois fâcheux de réduire cet excellent opus à ces morceaux vulgaires, humoristiques et ironiques. Parce que malgré tout cela, PESTE NOIRE sait encore faire dans le titre sérieux et déchirant et nous le prouve avec deux compositions. « J'avais rêvé du Nord » est un morceau certainement autobiographique, retraçant le passage de la pensée radicale NS passée de Famine à une adoration sans faille du black metal qui l'aurait remplacé, sur fond de riffs déchirants, tantôt mélancoliques, tantôt haineux et magnifiquement réussis. Un morceau qui est peut-être un peu trop long, 20 minutes qui passent parfois un peu trop lentement, mais dont la qualité est indéniable. « La Condi Hu » devrait plus ravir les accros aux anciens albums de la Peste Nègre, en froid avec les morceaux les plus décalés de ce nouvel album ; un gros côté contemplatif basé sur un arpège plutôt classique mais totalement empreint d'émotions.

L'incursion des nouveaux instruments apporte un réel plus à la musique de PESTE NOIRE. Elle est faite avec parcimonie - n'ayez pas peur, vous n'aurez pas droit à un album de KORPIKLAANI ou autre merdes sans nom - et permet d'apporter un nouveau souffle aux compositions de Famine. On notera par exemple le violoncelle sur « J'avais rêvé du Nord » qui, accompagné de cette magnifique guitare et de la voix soprano de Audrey, donnerait presque un petit air de neofolk / dark folk. Une autre rupture par rapport à Ballade Cuntre Lo Anemi Francor se trouve au niveau du line-up et du jeu des musiciens entourant Famine. Si Andy Julia et Ragondin (batterie et basse) se contentaient sur l'album précédent d'un jeu très basique et minimaliste, laissant la place belle aux guitares, les nouveaux musiciens s'illustrent bien plus sur le nouvel album. J'apprécie particulièrement le retour d'Indria à la basse, qui exécute un excellent boulot avec des lignes de basses très variées ; à la limite du jazz sur le passage variétoche du premier titre, de la pure dance fendarde sur le second, d'un jeu tout en subtilité sur le troisième, des grosses lignes de basses puissantes et destructrices sur le quatrième, et enfin des petites incursions fretless extrêmement bien senties sur le dernier. L'évolution depuis son travail sur La Sanie et Folkfuck Folie est impressionnante. Le batteur, officiant sous l'étrange pseudonyme du Vicomte Chtedire de Kroumpadis, a également un jeu excellent, tout en finesse, mais pas exempt d'un bon petit blast par-ci par-là. Enfin, on se délectera de certains samples tout à fait jouissifs et décalés, comme celui du noir affamé sur « Sale Famine Von Valfoutre », et on appréciera également le très bon travail exécuté au niveau du livret, signé Metastazis, qui contient sa collection de photos d'anthologie et de montages délirants.

L'ordure à l'état pur est pour moi un chef-d'œuvre de plus à l'actif de Famine et sa bande de mauvaises graines, dont le concept est poussé encore plus loin qu'auparavant. Un album qui en rebutera bien entendu beaucoup, de par son énorme spécificité qui ne plaît pas à tout le monde, mais qui en régalera également de nombreux autres, comme moi. Peut-être pas meilleur que l'immense Ballade Cuntre Lo Anemi Francor - difficile de comparer, vu que ces deux albums n'ont pas grand-chose à voir, mais tout de même indispensable.

 

EDIT : Quelques mois après avoir écrit cette chronique, je me rends compte que L'ordure à l'état pur est un album qui s'apprécie beaucoup sur l'instant, mais dont le souffle ne dure pas assez longtemps. Après deux-trois semaines d'écoutes intensives, le disque est très peu repassé sur ma platine. La raison? Certainement un opus trop lourd et indigeste, trop spécifique et étonnant pour faire de l'effet après de nombreuses écoutes. L'ordure à l'état pur permet de nous rendre à l'évidence : rien ne bat l'éternel Ballade Cuntre Lo Anemi Francor, qui reste bien au-dessus de cet album trop pot-pourri, trop divers, et qui cherche trop à étonner l'auditeur. Même si cela reste un album intéressant et avec de géniaux passages, j'ai baissé ma note en conséquence.

par Jankowitch
Le 04/07/2011

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