PENSEES NOCTURNES

Grotesque

 Il n'aura pas fallu énormément de temps pour que PENSEES NOCTURNES se fasse connaître dans le monde des forums de BM. Les Acteurs de l'Ombre, son label qui officie également comme association, a fait une belle promo pour son poulain, créé et conduit à 100% par Vaerohn, également actif à la guitare du pagan VALHOLL. Mais c'est aussi parce que beaucoup de commentaires ont plu à la sortie du premier album, Vacuum, en 2009, un an après la création de l'entité. Certains criaient au génie, d'autres à l'hérésie face au Black Metal écorché, soutenu par une voix dépressive monotone, et surtout des incursions de musique classique et de jazz. Eh bien un an après, le maestro sort un deuxième album, et en profite pour affirmer qu'il n'a plus aucune sympathie pour le premier. C'est un rejet total assez surprenant car d'habitude un groupe se contente de dire que son nouvel opus dépasse le précédent.

 Alors quand on n'a pas encore écouté Grotesque, on s'attend à quelque chose de très différent. Et pourtant pas tant que ça, musicalement. En 8 titres et 53mn, on retrouve un goût similaire au premier album avec l'incrustation de musique classique, jazz-blues, sons et samples étranges. Les différences viennent plus de l'approche. Vacuum était travaillé mais sortait des tripes, et contenait une folie brute, mal contrôlée, tellement sincère et fragile qu'elle émouvait. Ses grandes forces résidaient dans cette naïveté et l'effet de surprise des mélanges. Il souffrait par contre de quelques longueurs dans des passages instrumentaux où les vocaux auraient été les bienvenus.
 Sur ce nouvel album, ce n'est plus le cas. Il n'y a plus cette impression de remplissage, tout est à sa place idéale et ce sont au contraire les vocaux désespérés qui se remarquent un peu trop. Ils se rapprochent de ceux de GRIS et manquent de variation, gênant même les premières écoutes. Ce qui est frustrant surtout, c'est que les paroles notées dans le livret sont inaudibles tant elles sont pleurées sur le même ton. Leur contenu sont de vrais poèmes au sens assez confus. Ce sont presque des énigmes accouchées dans la douleur, et malgré les lectures, je ne suis toujours pas sûr d'avoir compris leurs subtilités. Extrait :
" Jubile folle brume au vicieux bouquet
Ruisselle dans l'une des tristes vallées
Comme les crimes du serpent noyé
Ainsi sera ton corps d'aliéné
Tu vis de honte et de vanité
Imbue de ta longue crinière grisée
Ne déshonore pas tes frêles promis
Ou tu finiras dans l'air des maudits "
("Eros")
Vous avouerez que quand on a l'habitude de lire plutôt des trucs du genre
"AVE MASTER LUCIFER, Fire is burning with shadows around, Mad dance has begun.", on est un peu déstabilisé et c'est pourquoi je place le mot "énigmatique" en tête des termes décrivant cet album. Il est plus adapté que "Original" ou "Déjanté" car contrairement à un SIGH ou un WOODS OF INFINITY, il y a des mystères à tous les coins, et pas que dans les paroles, dans la musique aussi. Vaerohn m'avouait que dans celle-ci chaque élément avait un sens désormais, comme pour les paroles. Les applaudissements qui apparaissent sur la fin de "Vulgum Pecus" et "Monosis", le coucou qui vient perturber "Hel"... ils ne sont pas ajoutés pour être amusants ou originaux, mais dans un but bien précis. Alors lequel ? Eh bien, il vaut mieux ne pas le savoir car la déception pourrait être au rendez-vous. Il faut savoir se contenter de ses propres interprétations, qui naîtront à partir de notre vécu et de nos expériences. Le principal, ce n'est pas de comprendre ce que voulait faire Vaerohn, mais de ressentir, de trouver une explication correspondant à sa propre sensibilité... Pour moi, tous ces mélanges sont des représentations de notre vie sur ce monde, avec des moments de joie, d'autres de peines, de déceptions, de rires ou de moqueries...

 Un autre mot important est bien sûr "grotesque", titre de l'album et résultat naturel de toutes les émotions contradictoires que nous vivons au jour le jour. C'est pour cela que sur l'album nous trouvons des parties touchantes comme sur l'introduction féérique de "Eros". ALCEST aurait presque du souci à se faire... Et il y a des parties haineuses, rapides ou sans issue. Bien sûr les évolutions se font au sein d'un même titre, et nous contemplons les joies et les peines quotidiennes. "Monosis" est un bon exemple. Il débute avec un air assez blues, très "lever de soleil" puis une voix plaintive vient s'y greffer, amenant une forte monotonie. Ensuite, on trouve de la contemplation, de l'introspection, de la nostalgie, de l'amertume, de la résignation... Bref, un mélange de sentiments apporté par celui des genres (la fin plairait à Yann Tiersen) et des sons (radio, rires, vocaux volontairement grossiers...).
 Cet album est exigeant et bien plus difficile à saisir au final que Vacuum. Il faut avoir envie de jouer le jeu pour l'apprécier, et comprendre qu'il dépasse le cadre musical. C'est une qualité qui tourne aussi au défaut, car l'investissement peut être éprouvant. Il faut surtout bien choisir le moment d'écoute parce qu'il peut devenir irritant tant il est marquant...
http://www.myspace.com/penseesnocturnes

par Sakrifiss
Le 21/05/2010

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