DARKTHRONE

A Blaze in the Northern Sky

Les blackeux pourront longtemps chercher à comprendre quels traumatismes ont pu subir les membres du groupe norvégien DARKTHRONE après la sortie de leur premier album Soulside Journey. Celui-ci proposant du Death Metal lorgnant vers l'école Suédoise d'ENTOMBED, GRAVE ou DISMEMBER, le groupe commencera petit à petit à fréquenter le magasin "Helvete" d'Euronymous, guitariste fondateur de MAYHEM. Sous l'influence d'Euronymous, et certainement animés par de nouvelles angoisses, les membres de DARKTHRONE décideront de se vouer à un nouveau culte, celui de l'Art Noir, celui du Black Metal.

Nous sommes à la fin de l'année 1991 et DARKTHRONE s’apprête à sortir son deuxième album, A Blaze in the Northern Sky, cette fois-ci tourné vers les références que sont CELTIC FROST ou BATHORY.

Cette nouvelle tournure musicale ne sera pas du goût de tout le monde. Dag Nilsen, le bassiste du groupe, quittera DARKTHRONE après l'album et ne sera crédité que comme bassiste de session. Peaceville Records, de crainte qu'une musique aussi extrême, sale, tordue et tourmentée ne se vende pas, traînera des pieds pour sortir A Blaze in the Northern Sky. DARKTHRONE devra faire pression sur le label en menaçant de le sortir sur celui d'Euronymous, Deathlike Silence Productions. A Blaze in the Northern Sky finira par débarquer en février 1992.

D'emblée le visuel tranche avec ce qu'on avait l'habitude de voir : dès qu'on tient le disque entre ses mains, on sent que la musique n'aura rien à voir avec le Death Metal. Nous n'avons, ici, pas une seule petite mare de sang ni même d'illustrations de torture : le visuel s'éloigne franchement des clichés de l'époque. Sur la pochette, la pose de Zephyrous en corpse paint. Il semble bondir en s'appuyant sur une barrière. Nous sommes renvoyés à une image de noirceur, de fantômes et de temps anciens. Le livret n'est pas très complet mais les contrastes noir et blanc sont tellement efficaces que ce n'est même pas un problème.

Inspirés par les thématiques, visions musicales et spirituelles d'âmes sombres telles qu'Euronymous, Tom G. Warrior ou Quorthon, les membres du groupe auront été à bonne école. Le Black Metal sera vécu aussi intensément que possible. Cela se ressent dès qu'on a passé cette introduction composée d'incantations et de chants diphoniques : à l'écoute de "Kathaarian Life Code", titre de dix minutes entamant l'album, on se rend compte de plusieurs choses par rapport au passé Death Metal de DARKTHRONE :

  • niveau composition : les morceaux cessent d'être techniques ; les riffs sont désormais simplistes mais diablement efficaces
  • niveau production : le son sale, crasseux, nous plonge dans une atmosphère favorisant l'imagination

Chaque titre nous emmène ainsi dans des territoires aussi hostiles que blasphématoires. Par exemple, "In the Shadow of the Horns" nous emmène au cœur d'un sabbat de sorcières. Nous plaçant en présence d'êtres aussi traumatisants que grotesques, nous assistons, impuissants, à un groove de batterie hérité de CELTIC FROST évoquant des scènes des plus traumatisantes. Aucun mot ne saurait décrire les sensations procurées par ce disque avec précision. S'ensuit un "Summon the Black Metal" secondé par un blast-beat haineux et cathartique. Et ces riffs de guitares, parfois encore proches du Death Metal, savent se montrer poignants.

Que dire de "Where Cold Wind Blow", cet hymne va-t'en-guerre glorifiant l'armée des ténèbres ? Les blast-beats s'enchaînent aux côtés de riffs linéaires qui dévastent tout pour que les images de batailles défilent dans nos têtes, que nous hochons frénétiquement face au feu de l'action. Seul quelques bons ralentissements nous permettent de reprendre nos esprits.

C'est lors de ces ralentissements qu'on commence à prendre conscience des horreurs qu'A Blaze in the Northern Sky nous fait ressentir. Avec cet album, nous voyons toutes les nuances de la noirceur. Passant d'un blast haineux à des passages mid-tempo, voir réellement lents comme dans le Doom Metal, on se rend compte que cet album est plus varié que prévu. DARKTHRONE vient de reprendre l'état d'esprit Black Metal de CELTIC FROST, HELLHAMMER, VENOM ou BATHORY. Mais en plus, il accélère les parties plus rapides et rajoute plus de froideur aux guitares, privilégiant les riffs en tremolo. Le Black Metal Oldschool existe définitivement bien et se démarque de la première vague, où ce style n'était encore qu'un état d'esprit. Ici, c'est devenu une musique à part entière et la deuxième vague pourra bientôt déferler sur l'Europe et le reste du monde.

Le voyage se termine avec "The Pagan Winter" : nous faisant vivre, aux premiers rangs, l'arrivée d'un nouveau dieu, entité païenne sans nom invitée dans notre monde par un culte secret. C'est l'un des titres les plus variés avec "Kathaarian Life Code" de l'album. Nous contemplons, lors de son riff d'ouverture, les étoiles disparaître petit à petit pour faire place à la mise en scène de l'entité en question, mise en scène digne des pires horreurs lovecraftiennes. Avec l'avancement du titre, l'entité se renforce et on se rend vite compte de son aspect malin. Et l'album se termine comme il a commencé, sur les mêmes incantations, histoire de refermer la boucle. 

Quintessence du Black Metal Oldschool (ou de « True Norwegian Black Metal », comme l'appelait le groupe), A Blaze in the Northern Sky atteindra rapidement un statut d'album culte. Sorti la même année que l'éponyme de BURZUM ou encore Diabolical Fullmoon Mysticism d'IMMORTAL - mais loin du style de l'un et de la qualité discutable de l'autre, il reste la sortie d'oldschool de 1992. Au final, le traumatisme ayant poussé DARKTHRONE à se tourner vers le Black Metal aura été nuisible peut-être, mais surtout créatif.

Aussi culte qu'indispensable. A posséder, même pour ceux qui apprécient moins l'oldschool.

par Gul Le Ricanant, le 24/02/2017

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Commentaires

Le 25/02/2017 à 09:02:12

Un album incroyable, mais j'étais loin de dire ça aux premières écoutes. Ayant connu le BM avec cradle et dimmu, la production ultra crue m'a vraiment rebuté au départ, mais je voyais que tout le monde criait au génie! Je me disais donc que j'avais dû rater quelque chose, et à forces d'écoutes attentives, ce côté cru a fait dégager une aura maléfique incroyable!

Soulside est vraiment excellent, très loin de ce dernier, mais on voit que les musiciens de darthrone maîtrisaient les deux style sans problème.

Le 26/02/2017 à 09:02:06

Classique absolu qui fête ses 25 ans aujourd'hui (sorti le 26 février 1992).

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