CHTHONIC

Takasago Army

Aaaah, enfin un nouvel album des Taïwanais de CHTHONIC, deux ans après Mirror of Retribution ! Quoi ? Comment ça vous vous en foutez comme de votre dernière branlette ? Faudrait voir à montrer un peu plus de respect pour un groupe qui ne cesse de s’améliorer au fil du temps et dont la carrière est exemplaire ! Depuis 1995, il a fait du chemin le bougre : concerts géants, merchandising agressif, fans en veux-tu en voilà... Bon, ce succès n’a pas vraiment percé le marché européen malgré une signature chez Spinefarm, mais ce n’est pas une raison pour le prendre pour un guignol !

Beaucoup le font pourtant. Normal, c’est une cible facile. Son style musical et tout le « cirque » que le groupe propose en live et produits dérivés peuvent le faire passer pour un vendu. Surtout que leur style appartient à une autre époque, populaire au début des années 2000 et qui sort par les oreilles de ceux qui en ont bien trop bouffé. 

Ce style, c'est un black mélo-symphonique à claviers avec des vocaux qui ont été influencés par Dani de CRADLE OF FILTH. Le chant direct à la limite du death se transforme parfois en couinements, hurlements ou sussurements qui ne peuvent que rappeler l'Anglais. Mais musicalement CHTHONIC s'est peu à peu forgé une identité.
Il s’agit déjà du visuel, du concept et des paroles axés sur la civilation et l’histoire de Taïwan. Si c’était déjà le cas sur le précédent album, c’est encore plus flagrant ici avec un titre explicite : Takasago Army, une « armée » qui fait référence aux aborigènes taïwanais enrôlés par les Japonais lors de la deuxième guerre mondiale afin de combattre à leurs côtés (ou à leur place...) dans diverses régions asiatiques. Mais contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, cet album ne parle pas de rancoeur envers l’envahisseur nippon, mais plus du combat contre l’autre envahisseur, le Chinois qui a hérité du territoire après les hostilités et qui a infligé la perte de 30.000 Taïwanais lors des émeutes de 1947. Depuis cette époque, l’île tente de se défaire de ses chaines encombrantes et a déjà demandé à l’ONU l’appelation d’Etat indépendant... sans résultat. Des explications sont à retrouver en anglais dans le livret bien présenté mais très orienté et engagé. En tout cas voilà la première grosse qualité de cet opus : il donne envie de se documenter et d’aller glaner de nouvelles informations sur cette partie du globe qui nous reste méconnue ! 
L’autre grosse qualité, qui m’a conquis cette fois encore, c’est la musique fidèle au concept. Les vocaux sont certes en anglais, mais il y a des intégrations en langue mère. Et alors que sur les anciens albums les ambiances étaient amenées par des claviers un peu kitch, ce sont maintenant des instruments traditionnels tels que des flûtes ou des percussions. On en trouve désormais encore plus qu'avant, sparodiquement mais à chaque morceau. Et c’est ici qu’on remarque la particularité et l’originalité de CHTHONIC. Ils font un black death sympho complètement trempé dans la sauce soja et le pied est total. Ces instruments se mêlent au reste avec une efficacité rare, celle que tous les groupes du genre tente d'atteindre.

 La démarche rappelle DIMMU BORGIR qui jouait aux Pirates des Caraïbes super-production Disney sur Abrahadabra, mais CHTHONIC propose la même chose version films asiatiques. Les éléments traditionnels nous renvoient aux films à grand spectacle de Hong-Kong, ainsi qu’aux oeuvres cultes de Tsui Hark. Le mélange est convaincant sur les 40 minutes (10 titres) et même très entrainant. Bien sûr, comme d’habitude, il faut avoir un intérêt à la base pour ce style de black.

 Hormis ces instruments traditionnels, d'autres astuces viennent renforcer les atmosphères asiatiques : la reprise d’une chanson taïwanaise des années 40 sur des parties de « Kaoru », un discours de l’empereur japonais Hirohito sur « Brocken Jade »...

 Cet album est excellent, mais certainement rebutant en même temps. Certains trouveront à redire sur le goût trop fort de leur musique et l'aspect commercial mais le fait est que j'ai toujours envie de le réécouter et que je frétille à l'introduction de chaque titre. Et finalement cet album restera parmi ceux qui m'ont le plus marqué en 2011 aux côtés de DODSFERD, WOLFNACHT et PESTE NOIRE.
http://www.chthonic.tw/

par Sakrifiss, le 08/08/2011

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