EVILFEAST

Lost Horizons of Wisdom

EVILFEAST, one-man-band polonais mené de main de maître par GrimSpirit, n'en est pas à son coup d'essai. S'il est encore méconnu aujourd'hui, ce n'est pourtant pas faute d'avoir déjà sorti deux excellents albums d'un black metal aux accents symphoniques et atmosphériques, Mysteries of the Nocturnal Forest (en 2004) et Funeral Sorcery (en 2005).

Au sein du marasme dans lequel s'embourbe depuis déjà plusieurs années la scène black sympho, ce troisième album apparaît comme une véritable bouffée d'air frais, en proposant un Black symphonique "à l'ancienne", c'est-à-dire vierge de tout ce qui pollue le black symphonique actuel : la production hollywoodienne, l'adjonction, parfois massive, de riffs, de rythmiques et de vocaux caractéristiques du death metal, les orchestrations pompeuses et envahissantes, les voix claires et/ou féminines pas toujours bien dosées, etc...

Tous ces éléments sont ici absents, et c'est peu dire d'affirmer que cette absence permet à EVILFEAST de relèguer tous les groupes de black symphonique modernes (souvenez-vous des dernières sorties, catastrophiques, des GRAVEWORM, VESANIA et autres STORMLORD...) à des années-lumière...

EVILFEAST nous offre en réalité la quintessence du black symphonique, un peu à la manière d'un KATAXU (groupe polonais lui aussi...) qui, avec son premier album, Hunger of Elements, avait proposé en 2005, l'un des meilleurs albums du genre.

En effet, du black symphonique, EVILFEAST ne garde que l'essentiel : la noirceur évidemment, inhérente au black metal (peut-être serait-il bon de rappeler à certains groupes dits de black symphonique que dans "Black Metal", il y a "Black" ?), mais aussi et surtout la majesté propre aux débuts du style (Lost Horizons of Wisdom n'est pas sans rappeler le côté majestueux des premiers albums d'EMPEROR, LIMBONIC ART ou OBTAINED ENSLAVEMENT), et le côté épique qui donne à la musique cette dimension quasiment mystique...

Evidemment, il n'est nullement question ici de richesse instrumentale ou de démonstration technique : tout est affaire d'ambiance, d'atmosphères... Des claviers, très présents, mais dans une approche parfois plus atmosphérique que véritablement symphonique, jusqu'aux vocaux, fondus en arrière-plan comme une lamentation désespérée, en passant par le son à la fois raw et synthétique, tout est fait pour faire voyager l'auditeur dans un espace incitant à une méditation désespérée et mélancolique...

Et le voyage est long... la méditation infinie... la fin du voyage inaccessible...
Les cinq titres composant cet album oscillent en effet entre 11 et 20 minutes chacun, pour un total de 70 minutes... Malgré cela, le voyage n'est jamais lassant, chaque titre apportant son lot de changements de rythmes, de ponts ou d'intermèdes ; ces ruptures sont discrètes, très discrètes même, mais suffisent à accrocher l'auditeur pendant toute la durée de cette expérience presque métaphysique. 

Qu'importe que l'on soit entraîné jusqu'au bout du désespoir, si le seul effort à faire est de se laisser porter, de se laisser glisser, de se laisser chuter, jusqu'à ne plus rien espérer d'autre que de ne jamais arriver à destination...

L'illustration qui invite à ce voyage, tirée d'un tableau du peintre romantique allemand Caspar David Friedrich, à la fois sobre et belle, traduit l'importance accordée par EVILFEAST au concept de Nature, et se trouve en parfaite adéquation avec la musique proposée... Des forêts enneigées, une brume indicible, un château fantomatique, des arbres décharnés... le concept n'a certes rien d'original, mais il a le mérite d'offrir une oeuvre qui, du livret à la musique, forme un "tout" indivisible.

Avec Lost Horizons of Wisdom, EVILFEAST propose donc à ses auditeurs un voyage auditif, visuel, méditatif, profondément bouleversant, un voyage que le Black symphonique n'avait plus permis de faire, au moins depuis 2005 et l'unique album de KATAXU.

par Nepenthes, le 28/03/2009

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Commentaires

Le 10/12/2009 à 22:12:26

Je n'accrédite pas une telle note qui me semble assez exagérée, mais reconnaissons que c'est un bon album qui mérite d'être connu, dans la veine du Hungers... de KATAXU en moins bien fait. Quelques bons passages, une atmosphère bien crédible et une inspiration inégale tout au long de l'album, mais globalement satisfaisante.

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